À Kisangani, le sac de ciment gris de type 42,5 ne doit plus se vendre au-delà de 44 650 francs congolais, environ 20 dollars. Le gouvernement provincial de la Tshopo a fixé ce prix après une semaine de flambée, et celui du type 32,5 à 39 950 francs, environ 17 dollars. Il y a un peu plus d’un an, la même province plafonnait le sac à 16 dollars.
La décision est sortie d’une réunion entre le gouverneur Paulin Lendongolia et les opérateurs économiques du secteur. Elle s’applique depuis sa signature, à Kisangani et dans toute la province, et les vendeurs qui la dépasseront s’exposent aux sanctions prévues par la loi.
« Les prix qui doivent dorénavant être observés sur le marché de Kisangani et à travers la province de la Tshopo sont de 39 950 francs congolais pour le sac de 32,5 % et de 44 650 francs pour celui de 42,5 % », a déclaré Me Michel Lumumba Biambe, porte-parole du gouverneur. Ces prix, a-t-il ajouté, « prennent en compte la marge bénéficiaire, les charges étatiques ainsi que les prix d’achat supportés par les opérateurs économiques auprès des sociétés industrielles ».
Avant la hausse, le sac de 42,5 se vendait autour de 34 000 francs, soit 15 à 16 dollars. Les vendeurs disent l’avoir vu monter jusqu’à 50 000 francs ces derniers jours. Les chiffres examinés pendant la réunion avec le gouverneur parlent de près de 24 dollars, environ 55 200 francs. Le nouveau prix reste donc de 20 à 30 % au-dessus de celui d’avant la flambée, selon le prix de référence retenu.
Mercredi 7 octobre, Claudine Atisandi, ministre provinciale du Plan, du Budget, de l’Économie et des PME, est allée voir sur place. Elle s’est rendue chez PPC Barnet, l’un des principaux distributeurs de ciment de la ville, où elle a interrogé son responsable à Kisangani, Jean-Pierre Bashigue, sur les stocks et les conditions d’approvisionnement. « Nous sommes descendus sur le terrain pour nous enquérir de la situation du ciment, notamment du lot actuellement disponible et des conditions d’approvisionnement, afin de comprendre les raisons qui expliquent le maintien du prix élevé sur le marché », a-t-elle expliqué. Des orientations avaient déjà été données aux opérateurs pour revenir au prix d’avant la hausse. Elles n’avaient pas suffi.
Les commerçants, eux, désignent le fleuve. La Tshopo ne produit pas de ciment : il arrive de Kinshasa et du Kongo-Central, en bonne partie par bateau sur le fleuve Congo, et une partie vient d’Ouganda. Les vendeurs attribuent la hausse à l’étiage, la baisse saisonnière des eaux qui ralentit la navigation, et à la rareté du produit qui en découle.
C’est là que se joue l’efficacité de la mesure. Un prix plafond oblige le commerçant qui a du ciment en stock. Il ne fait pas monter le niveau du fleuve, et ne remplit pas un dépôt vide.
Kisangani a déjà vécu cette séquence. En mai 2025, le sac était passé d’environ 14 dollars à 21 ou 22 dollars en quelques semaines. Le ministre provincial de l’Économie de l’époque avait réuni les distributeurs, dont PPC Barnet et la Cimenterie de Lukala, et fixé par circulaire un prix de 13 dollars minimum et 16 dollars maximum. Les commerçants invoquaient déjà la rareté et les difficultés logistiques sur le corridor Kinshasa-Kisangani. Le 10 juin 2025, le parquet général de la Tshopo avait scellé une vingtaine de dépôts de ciment et de matériaux de construction du centre-ville pour non-respect du plafond. La détente était venue de l’arrivée annoncée de plus de 120 000 sacs par le fleuve.
Dix-sept mois plus tard, la province ne plafonne plus à 16 dollars mais à 20. Le prix maximal autorisé a pris quatre dollars, un quart de plus, entre deux crises d’approvisionnement.
Pour Claudine Atisandi, la nouvelle mesure doit d’abord alléger les dépenses des ménages. Les services provinciaux de l’Économie sont chargés de contrôler les prix sur les marchés. La suite dépendra de deux choses que la décision ne règle pas : le niveau du fleuve dans les semaines qui viennent, et le rythme des arrivages chez les distributeurs.
Œil d’Afrique




































