Un an jour pour jour après la décision de la Haute Cour constitutionnelle qui lui a confié les fonctions de chef de l’État, le colonel Michaël Randrianirina a écarté à Antsohihy tout « dialogue politique ». La transition à Madagascar s’est fixé vingt-quatre mois, mais aucun texte qui s’impose au pouvoir ne grave cette durée, et la concertation nationale, première étape du calendrier, en est encore à la formation de ses animateurs.
À Antsohihy, chef-lieu de la région Sofia, le 14 octobre se fête désormais au rang du 26 juin. Le gouvernement a fait de l’anniversaire de la proclamation de la République, le 14 octobre 1958, une « Fête de la Liberté », Fetin’ny Fahafahana en malgache. La communication officielle relie cette date à une autre : le 14 octobre 2025, jour où la Haute Cour constitutionnelle (HCC) a constaté la vacance de la présidence. La première édition se tient les 13 et 14 octobre sur les terres de Philibert Tsiranana, premier président de la République, entre Antsohihy, Anahidrano et Anjiamangirana.
C’est là, au culte d’ouverture, mardi 13 octobre, que le chef de l’État a répondu à ceux qui réclament une table ronde entre partis. « Non, il n’y aura pas de dialogue politique, puisqu’il n’y a pas eu de crise politique dans le pays, mais une crise sociale », a déclaré le colonel Randrianirina. Derrière ces appels, il voit une manœuvre pour se partager les postes. Il a en revanche encouragé le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM), chargé de conduire la concertation nationale : « Le processus avance ».
Une décision qui parlait de soixante jours
Le texte fondateur du pouvoir actuel ne parle pas de vingt-quatre mois. La décision n° 10-HCC/D3 du 14 octobre 2025, rendue sur requête de Siteny Randrianasoloniaiko, vice-président de l’Assemblée nationale, juge qu’Andry Rajoelina « tombe sous le coup d’abandon passif du pouvoir ». Elle invite « l’autorité militaire compétente incarnée par le Colonel RANDRIANIRINA Michaël, à exercer les fonctions de Chef de l’Etat ». Le colonel est investi le 17 octobre 2025.
Les considérants de la Cour posent des bornes. L’autorité militaire doit prendre les mesures nécessaires « dans des champs d’application et délai très limités ». La Constitution, écrit la HCC, « n’entend pas permettre confier de manière prolongée les attributions du Président de la République aux autorités qui n’en sont pas les titulaires de droit commun ». Et la décision invite à organiser les élections « dans les soixante (60) jours » suivant sa notification.
Ce délai tombe un peu plus de trois semaines après. Le 6 novembre 2025, saisie par le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et par celui du Haut Conseil pour la défense de la démocratie et de l’État de droit, la Cour juge dans sa décision n° 13-HCC/D3 que « le report du scrutin présidentiel est envisageable sous le contrôle de la Haute Cour Constitutionnelle ». Aucune date de remplacement n’y figure. Le 18 novembre, la décision n° 16-HCC/D3 décrit l’autorité militaire comme une structure de cinq officiers supérieurs chargée de « diriger le pays pendant une période limitée ». Limitée, sans chiffre.
Vingt-quatre mois, mais depuis quand
Les vingt-quatre mois viennent du pouvoir lui-même. Le Programme de la Refondation de la République, remis le 28 février 2026 à une délégation de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) au palais d’État d’Iavoloha, découpe la transition en quatre phases : concertation nationale souveraine, refondation de la gouvernance électorale, rédaction d’un projet de Constitution, élections. Sa conclusion fixe les échéances « à vingt-quatre mois », puis ajoute qu’elles « sont susceptibles de révision en fonction des changements imposés par la conduite des affaires nationales ».
Le point de départ varie selon qui compte. Le Programme fait courir la durée à compter de janvier 2026, ce qui mène à la fin de 2027. Comptés depuis la décision de la HCC, les vingt-quatre mois expirent en octobre 2027. Midi Madagasikara, qui retient ce second décompte, écrivait dès le 15 juin que le tiers de la transition était passé sans que les travaux de la concertation et des structures électorales aient commencé.
L’Union africaine a pris le pouvoir au mot. Réuni le 10 mars 2026 pour sa 1335e réunion, son Conseil de paix et de sécurité « exhorte les autorités malgaches à respecter scrupuleusement le calendrier de transition fixé à vingt-quatre mois ». Il s’y déclare aussi « profondément préoccupé » par le limogeage du Premier ministre. Le 29 juin, un sommet extraordinaire de la SADC a demandé aux autorités de transition de « respecter les engagements pris ».
Une exhortation n’est pas une échéance. La Cour qui avait fixé un délai l’a assoupli trois semaines après, le document qui chiffre la durée se réserve le droit de la réviser, et les organisations régionales demandent au pouvoir de tenir une promesse qu’il s’est faite à lui-même.
Une concertation encore en formation
Sur le papier, le Programme prévoit des concertations à tous les niveaux de juin à décembre 2026, en parallèle de la refonte de l’organe électoral. Viennent ensuite un référendum ou une élection constitutionnelle entre mai et juillet 2027, puis la présidentielle avant la fin de 2027.
Le FFKM a lancé la phase opérationnelle le 25 août, par un culte œcuménique à Andohatapenaka. Les débats dans les fokontany devaient commencer le 14 septembre. Ils n’ont pas commencé. Depuis début octobre, les Églises forment des animateurs dans six districts pilotes de six régions. La formation dans les autres districts doit démarrer en novembre, sous réserve que le matériel arrive, tablettes numériques comprises, selon le comité de pilotage de la concertation.
Le calendrier des Églises place la grande concertation nationale en mars 2027 et annonce des résolutions après mai 2027. Or ces résolutions doivent servir de socle au projet de Constitution soumis aux électeurs, dans une fenêtre qui s’ouvre précisément en mai 2027. Les deux calendriers ne peuvent pas tenir ensemble sans que l’un des deux cède.
Le chef de l’État assure que les élections auront lieu l’an prochain. « Je crois en notre calendrier. Je crois qu’on arrivera à organiser une élection en 2027 », a-t-il dit en septembre à la radio des Nations unies, à New York. Il a mené à Iavoloha, le même mois, des consultations sur l’organisation des scrutins, distinctes de la concertation des Églises, dont les conclusions doivent servir à réformer le cadre électoral.
Sur le terrain, la machine électorale tourne déjà au guichet. Du 12 au 16 octobre, les démembrements de la CENI révisent la liste électorale dans les trésoreries et les perceptions du pays, là où les retraités viennent toucher leur pension et les fonctionnaires leur solde. Un citoyen majeur qui n’est pas inscrit peut s’y enregistrer sur présentation de sa carte d’identité nationale.
Le prochain repère est celui des Églises : la formation des animateurs dans tous les districts, en novembre. Douze mois après la décision de la HCC, la transition à Madagascar a sa Fête de la Liberté, un programme et un chef de l’État qui refuse le dialogue politique. Elle n’a toujours pas de date de scrutin opposable devant un juge.
Œil d’Afrique





































