Douze millions de dollars par mois : c’est la somme que le gouvernement provincial de Kinshasa dit voir partir vers la Task Force présidentielle chargée de nettoyer la capitale. Le coordonnateur de cette Task Force, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, répond par une lettre au gouverneur Daniel Bumba Lubaki, datée du mercredi 28 octobre 2026, qui qualifie ces déclarations de « contrevérités » et les assimile à une infraction du Code pénal militaire.
La lettre n° 115/PR/TFP/COORDON/2026, révélée par Cable.cd, porte pour objet « Notre indignation ». Elle a été reçue le jour même par le secrétariat du cabinet du gouverneur, par la Présidence de la République, par la Primature et par le cabinet du ministre des Finances, selon les cachets qui y figurent. Le général en a adressé copie au président Félix Tshisekedi, à la Première ministre, au ministre des Finances, au directeur de cabinet du chef de l’État et à son propre coordonnateur adjoint.
Le reproche est précis. Selon la lettre, le gouvernement provincial « affirme sans vergogne, par l’entremise du ministre provincial de l’Environnement », qu’un décaissement mensuel de 12 millions de dollars est mis à la disposition de la Task Force au titre de son fonctionnement. Le portefeuille de l’Environnement est tenu à l’Hôtel de Ville par Léon Mulumba. La lettre ne le nomme pas, et elle ne donne pas non plus le montant que la Task Force reçoit réellement.
Le général va plus loin que le démenti. Ces déclarations, écrit-il, « sont de nature à jeter la Task-Force présidentielle en pâture et constituent ni plus ni moins une incitation des militaires et bâtisseurs de la nation à la désobéissance et à commettre des actes contraires à leurs devoirs ainsi qu’à la discipline militaire ». Il cite l’article 88 du Code pénal militaire, qui réprime ces faits.
« Tout en rappelant que celle-ci n’est ni un concurrent encore moins un rival du gouvernement provincial de la ville-province de Kinshasa, la Task-Force présidentielle désapprouve cette manière de faire et met celui-ci devant ses responsabilités pour que de telles déclarations ne puissent se reproduire. »
Le courrier est signé du coordonnateur, avec son grade de lieutenant-général, et se termine sur « l’expression de mes sentiments patriotiques ».
L’Hôtel de Ville et la Task Force se partagent un même terrain depuis quatre mois. Annoncée au Conseil des ministres du 29 mai, la Task Force présidentielle de salubrité, d’assainissement et d’hygiène urbaine de la ville de Kinshasa a été instituée par ordonnance à la fin du mois de juin. Elle relève directement du chef de l’État et s’appuie sur les jeunes du Service national, les « bâtisseurs », que commande le général Kasongo Kabwik. Ses missions recouvrent celles de la province : collecte, transfert et traitement des déchets, curage des ouvrages de drainage. Le 29 août, le général avait réuni les bourgmestres des vingt-quatre communes pour faire descendre les opérations dans les quartiers.
La province garde de son côté sa propre régie, la Régie d’assainissement de Kinshasa (RASKIN), placée sous la tutelle du ministre de l’Environnement. Les deux structures nettoient la même ville sans que le partage des budgets ait été rendu public. C’est ce trou que le chiffre de 12 millions de dollars est venu remplir, et que la lettre du 28 octobre conteste sans le combler.
Le ton de la réponse compte autant que son contenu. Un général, coordonnateur d’une structure présidentielle, écrit à un gouverneur élu en invoquant le droit pénal militaire, et en informe le chef de l’État, la Première ministre et le ministre des Finances. Le différend sur l’argent de la propreté de Kinshasa est désormais posé sur le bureau de la Présidence. La réponse du gouverneur Daniel Bumba, et un chiffre officiel sur ce que coûte la Task Force, sont les deux pièces qui manquent.
Œil d’Afrique




































