Le Trésor américain a placé sous sanctions, le mercredi 28 octobre 2026, le ministère rwandais de la Défense et Zigama Credit and Savings Society, la caisse d’épargne et de crédit où les militaires, les policiers et les agents de sécurité rwandais tiennent leurs comptes. Washington reproche aux deux entités d’avoir soutenu le M23 dans l’est de la RDC, en violation des accords de Washington signés le 4 décembre 2025 par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame.
La décision vient de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), le service du Trésor chargé des sanctions. Après l’armée en mars, Washington vise cette fois l’argent : la caisse où les forces de sécurité épargnent et empruntent.
« Le Rwanda doit cesser son soutien au M23 et retirer ses troupes de l’est de la RDC », a déclaré le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, dans le communiqué publié le 28 octobre, qui présente la mesure comme l’exécution d’une promesse du président Donald Trump de « demander des comptes au Rwanda ».
Zigama CSS n’est pas une banque comme les autres. C’est une coopérative d’épargne et de crédit réservée au secteur de la défense et de la sécurité : armée, police nationale, service correctionnel, renseignement, Rwanda Investigation Bureau. En décembre 2025, son assemblée générale, la 41e, s’est tenue au quartier général de l’armée à Kimihurura, à Kigali, sous la présidence du ministre de la Défense. Elle y a annoncé un bénéfice net de 39,3 milliards de francs rwandais pour l’année, et visé 42,2 milliards en 2026. La même assemblée avait voté une baisse des taux d’intérêt pour les sous-officiers et les hommes du rang.
C’est cette caisse que le Trésor accuse d’avoir payé des armes. Selon le communiqué, Zigama a réglé à des entités en Chine et dans d’autres pays des achats d’armes, de munitions et d’équipements militaires pour la Rwanda Defence Force, ainsi que des frais de voyage et d’hébergement de militaires en formation. Washington lui impute aussi des transactions pour le M23 et l’Alliance Fleuve Congo, sa branche politique, « pour des dizaines de millions de dollars ». Une agence de Zigama aurait permis l’acheminement vers Kigali d’or extrait de sites contrôlés par le M23 au Sud-Kivu.
Le ministère de la Défense est visé comme autorité de tutelle de l’armée rwandaise. Le Trésor affirme que, sur ses instructions, la Rwanda Defence Force a déployé des milliers de soldats au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, aux côtés du M23, et y a introduit des systèmes de missiles sol-air et des équipements de brouillage. L’armée elle-même était déjà sous sanctions américaines depuis le 2 mars 2026.
Tous les biens et intérêts de Zigama et du ministère situés aux États-Unis, ou détenus par des personnes américaines, sont gelés et doivent être déclarés. Toute société détenue à 50 % ou plus par l’une des deux entités tombe sous le même blocage. Les transactions qui passent par le territoire américain, y compris en transit, sont interdites sans licence.
Pour une coopérative qui gère l’épargne de soldats, le risque se trouve moins aux États-Unis que dans ses correspondants. Le Trésor rappelle que les personnes non américaines qui font transiter un paiement de Zigama par le système américain s’exposent elles aussi à des pénalités, et que l’OFAC peut sanctionner une infraction « sur la base de la responsabilité objective », c’est-à-dire sans avoir à prouver l’intention. Toute banque de la région qui traite en dollars avec Zigama doit désormais se poser la question.
À Kigali, la porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, a répondu sur le terrain des obligations de la RDC. « Les accords de Washington contiennent des engagements clairs sur la sécurité du Rwanda, en particulier la neutralisation de la milice génocidaire FDLR, soutenue par la RDC, qui ne sont absolument pas remplis, et sans aucune obligation de rendre des comptes », a-t-elle déclaré à la BBC. Le Rwanda reste prêt à appliquer les accords, a-t-elle ajouté, « en même temps que la RDC remplit ses engagements, et avec un médiateur qui tienne toutes les parties pour responsables ».
En mars, après les sanctions visant son armée, Kigali avait dénoncé des mesures « injustes » qui ne visaient « qu’une seule partie au processus de paix ».
À Kinshasa, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a répondu à Tibor Nagy, ancien secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires africaines de 2018 à 2021, qui demandait sur X de sanctionner aussi le gouvernement congolais pour « ses propres groupes armés ». « Une menace, perçue ou réelle, n’est pas équivalente à des milliers de morts et des millions de déplacés », a-t-elle écrit. « Sanctionner les deux côtés efface cette distinction, et suggère que les vies congolaises valent moins. »
Le Trésor rappelle dans son communiqué que la sanction n’a pas pour but de punir mais d’obtenir « un changement de comportement », et qu’une procédure de radiation existe. Onze mois après la signature des accords de Washington, le Trésor exige toujours le retrait des troupes rwandaises. Le premier effet visible de la décision de mercredi se lira dans les comptes de Zigama : ce que ses correspondants bancaires accepteront encore de traiter.
Œil d’Afrique




































