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Nigeria-États-Unis : un cadre minier signé à New York, sans montant ni projet désigné

Le Nigeria et les États-Unis ont signé le 23 septembre à New York un cadre de coopération sur les minerais, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies. Le texte porte sur les données géologiques, l’exploration, la transformation, les infrastructures et la formation technique. Le communiqué du ministère nigérian ne cite aucun montant d’investissement ni aucun projet : le chiffre de 700 milliards de dollars qui accompagne l’annonce est l’estimation par Abuja de la valeur de ses ressources minérales.

Dele Alake, ministre nigérian du Développement des minerais solides, signataire du cadre Nigeria États-Unis sur les minerais, photographié en 2014
Kensingtondude · CC BY-SA 4.0

Le Nigeria et les États-Unis ont signé le 23 septembre à New York un cadre de coopération sur les minerais, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies. Le texte porte sur les données géologiques, l’exploration, la transformation, les infrastructures et la formation technique. Le communiqué du ministère nigérian ne cite aucun montant d’investissement ni aucun projet : le chiffre de 700 milliards de dollars qui accompagne l’annonce est l’estimation par Abuja de la valeur de ses ressources minérales.

La signature a eu lieu à la Maison de la mission du Nigeria, à Manhattan. Dele Alake, ministre du Développement des minerais solides, a paraphé le document face à Christopher Landau, secrétaire d’État adjoint des États-Unis, avant l’échange des exemplaires. Le gouverneur de l’État de Lagos, Babajide Sanwo-Olu, assistait à la cérémonie, avec le directeur général du cadastre minier, Simon Nkom, et la secrétaire exécutive du Fonds de développement des minerais solides, Fatima Shinkafi. La délégation américaine comptait Chris Kulukundis, dont le portefeuille au département d’État couvre l’Afrique australe et les minerais critiques.

Le ministre a lui-même fixé la mesure de ce qui venait d’être signé. « Vient maintenant le travail le plus difficile et le plus important : passer de l’accord à la mise en œuvre. Une signature est une promesse, les résultats en sont la preuve », a-t-il déclaré en anglais, selon le communiqué diffusé le 24 septembre par le ministère fédéral de l’Information. Il a ajouté que les deux pays allaient, « dans les mois qui viennent », identifier des projets viables et mobiliser des investissements. Les projets restent donc à trouver.

Le communiqué décrit l’outil : un accord d’État à État destiné à servir de fondation à des transactions entre entreprises, américaines et nigérianes. Il ne prête à Washington aucun engagement d’investir lui-même. Christopher Landau a parlé de signal : « Le signal que nous envoyons, c’est que les États-Unis et le Nigeria sont partenaires. »

La nature juridique du document reste floue. Les officiels nigérians parlent d’accord-cadre. L’agence Ecofin, qui suivait les discussions, écrivait encore le 23 septembre qu’Abuja attendait un protocole d’accord, dont la signature pendant l’Assemblée générale avait été annoncée le 13 septembre. La veille, Dele Alake avait présidé à New York une réunion intergouvernementale sur les minerais africains, après une première le 23 août. Le ministre était passé par la Maison-Blanche quelques semaines plus tôt.

Le Nigeria n’est pas un cas isolé. Le département d’État signe ce type de cadre en série depuis le début de l’année : avec l’Équateur en février, lors d’une réunion ministérielle sur les minerais critiques à Washington, et avec les îles Cook dans l’année. Christopher Landau porte ces signatures.

Le précédent le plus proche est à Kinshasa. L’accord de partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis, signé le 4 décembre 2025, a été publié par le département d’État, et son contenu est connu. Il réserve aux entreprises américaines un droit de première offre pouvant aller jusqu’à neuf mois sur chaque projet d’une réserve d’actifs stratégiques. Il écarte des candidats les sociétés liées à la Chine, à la Russie, à l’Iran et à la Corée du Nord. Et son article XVI précise qu’aucune disposition n’oblige les parties à allouer des ressources financières, comme ODA l’a détaillé le 16 septembre.

Le communiqué nigérian ne dit rien de tel. Il ne mentionne ni priorité accordée aux entreprises américaines, ni clause d’exclusion, ni comité de suivi, ni échéance. Pour Abuja, la question n’est pas théorique.

Au Nigeria, la transformation locale dont parle Dele Alake existe déjà, et elle n’est pas américaine. Début juillet 2026, le vice-président Kashim Shettima a inauguré, au nom du président Bola Tinubu, l’usine de traitement du lithium de Diamond New Energy à Endo, dans la zone de gouvernement local de Nasarawa. Selon le ministère fédéral de l’Information, l’entreprise est chinoise, l’usine a été construite avec les groupes chinois Jiuling et Canmax, elle peut traiter 6 000 tonnes de minerai par jour pour un investissement d’environ 250 millions de dollars.

Ce jour-là, Dele Alake y voyait la preuve que sa politique fonctionne : le ministère, disait-il, ne délivre plus de titre minier sans plan concret de transformation sur place, et l’exportation de minerai brut est interdite. Le gouverneur Abdullahi Sule rappelait que l’État avait dû sécuriser Endo, une localité autrefois instable, pour que le chantier démarre. Le sénateur Ahmed Aliyu Wadada réclamait, lui, que toute la chaîne, jusqu’aux batteries, reste dans l’État.

« Nous ne sommes pas là pour rester une source de matières premières au service de la valeur que d’autres créent », a dit mercredi le ministre, face à la délégation américaine. L’offre nigériane à Washington tient dans cette condition : investir, oui, mais en transformant sur le sol nigérian, aux côtés d’industriels chinois déjà installés. Si le cadre signé à New York reprenait les clauses d’exclusion de l’accord congolais, cette cohabitation deviendrait un sujet pour Endo.

Deux éléments diront ce que vaut la signature du 23 septembre : la publication du texte, et le premier projet que les deux gouvernements désigneront ensemble, dans ces « mois qui viennent » annoncés par le ministre.

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