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Dialogue national en RDC : le Conseil économique et social adhère, l’opposition reste à la porte

En ouvrant la session ordinaire du Conseil économique et social (CES), jeudi 1er octobre à Kinshasa, son président, Jean-Pierre Kiwakana Kimayala, a apporté le « soutien total » de l’institution au dialogue national voulu par Félix Tshisekedi. Cinq semaines après son lancement, le processus accumule les ralliements institutionnels, alors que la coalition d’opposition C64 et le mouvement Sauvons la RDC, formé autour de Joseph Kabila, l’ont rejeté, et que le comité chargé de l’organiser dépend entièrement du chef de l’État.

Félix Tshisekedi en réunion à la Cité de l'Union africaine à Kinshasa, président qui a lancé le dialogue national RDC
Mwanacongo · CC BY-SA 4.0

En ouvrant la session ordinaire du Conseil économique et social (CES), jeudi 1er octobre à Kinshasa, son président, Jean-Pierre Kiwakana Kimayala, a apporté le « soutien total » de l’institution au dialogue national voulu par Félix Tshisekedi. Cinq semaines après son lancement, le processus accumule les ralliements institutionnels, alors que la coalition d’opposition C64 et le mouvement Sauvons la RDC, formé autour de Joseph Kabila, l’ont rejeté, et que le comité chargé de l’organiser dépend entièrement du chef de l’État.

Jean-Pierre Kiwakana a choisi ses mots pour répondre à ceux qui boudent. « Nous le disons clairement : c’est une initiative de plus, mais pas une initiative de trop. Lorsqu’une nation est traversée par des tensions, aucune occasion de se parler ne doit être méprisée. Le refus du dialogue ne résout rien ; il ne fait souvent que repousser les problèmes et aggraver les fractures », a-t-il déclaré devant les conseillers.

« En tant qu’organe consultatif, le Conseil économique et social apporte son soutien total et sa pleine adhésion à cette vision. Ce dialogue offre une opportunité sans précédent de s’attaquer aux causes profondes de nos fragilités économiques, judiciaires et sociales qui alimentent la mauvaise gouvernance. »

Il a aussi repris l’argument central de la présidence, celui des provinces : « En allant recueillir les aspirations directement au sein de nos 26 provinces, ce dialogue donnera une voix légitime aux forces vives de la nation. »

Le schéma date de l’adresse à la nation du 27 août. Félix Tshisekedi y a lancé le « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État » en deux temps : des consultations dans les 26 provinces, avec autorités locales, élus, partis, société civile et confessions religieuses, puis des assises nationales à Kinshasa. « Les assises de Kinshasa ne seront pas le point de départ du dialogue, mais l’aboutissement d’une parole recueillie à travers tout le pays », avait-il déclaré. L’ensemble ne doit pas dépasser trois mois et déboucher sur un pacte national assorti d’une matrice publique des engagements.

Le président a aussi fixé les limites. Sont exclus des composantes politiques ceux qui combattent l’ordre constitutionnel par les armes, occupent une partie du territoire ou agissent, selon lui, au service du Rwanda, ce qui écarte l’AFC/M23, dont les discussions avec Kinshasa restent cantonnées au processus de Doha. Pas d’amnistie générale pour les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, le génocide et les violences sexuelles graves. Pas de suspension des institutions avant le terme constitutionnel de leurs mandats.

Le 13 septembre, une ordonnance présidentielle lue à la RTNC par la porte-parole du chef de l’État, Tina Salama, a créé un comité d’organisation préliminaire. Son coordonnateur, son adjoint et ses membres sont tous désignés par le président de la République, tout comme les onze experts du secrétariat technique qui lui est rattaché. « Le comité exerce sa mission sous l’autorité directe du président de la République et lui rend régulièrement compte de l’évolution de ses travaux par l’intermédiaire de son directeur de cabinet », a précisé Tina Salama. Le Trésor public paie son fonctionnement. Une seconde ordonnance doit ensuite convoquer formellement le dialogue et en fixer les modalités de représentation. Aucune date d’ouverture n’a été annoncée.

La C64 a répondu dès le lendemain de l’adresse présidentielle. « La coalition article 64 oppose un non catégorique et rejette avec force les prétendues consultations populaires initiées par Félix Tshisekedi en lieu et place du dialogue national inclusif », a lu Martin Fayulu le 28 août à Kinshasa. La coalition y voit une manœuvre en vue d’un changement de Constitution et d’un troisième mandat après 2028.

L’ordonnance du 13 septembre a durci les positions. « Un dialogue destiné à sortir la RDC de sa crise profonde ne peut pas être organisé, composé et contrôlé par une seule partie, fût-elle l’institution du président de la République », a déclaré le lendemain Emery Okundji, secrétaire général du FONUS, membre de la C64. Le président de l’ASADHO, Jean-Claude Katende, a estimé que le dispositif indiquait que « nous allons dans une mauvaise direction », en attendant de connaître les animateurs du comité. Sauvons la RDC a rejeté l’ordonnance, dénonçant le pouvoir discrétionnaire qu’elle confère au chef de l’État. Le mouvement avait plaidé pour une médiation de l’Union africaine et des Nations unies, et pour des discussions dans un pays tiers. La présidence a maintenu le processus sur le sol congolais. Le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a lui aussi rejeté l’initiative de Kinshasa et dit privilégier Doha.

Entre les deux camps, le Conseil national de suivi de l’accord (CNSA) a rappelé le 29 septembre, à l’issue de sa session ordinaire, que la sortie de crise « intéresse tous les congolais dans leur diversité régionale, ethnique, culturelle ou religieuse, qu’ils soient protagoniste ou non de cette crise ». Il a cité un précédent : Laurent-Désiré Kabila ne s’était pas senti lié par les résolutions de la Conférence nationale souveraine, à laquelle il n’avait pas pris part.

Tout se jouera donc sur la composition. Les noms du coordonnateur et des membres du comité, puis la seconde ordonnance, diront si les consultations provinciales réuniront ceux qui contestent le pouvoir ou seulement ceux qui le soutiennent déjà. Le CES, lui, a ouvert sa session sur d’autres dossiers : l’agriculture, l’emploi, l’éducation, l’énergie et la fiscalité, que le dialogue promet aussi de traiter.

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