Le ministère des Hydrocarbures a de nouveau démenti toute pénurie de carburant à Kinshasa, dans un communiqué daté du mardi 6 octobre. Il attribue les files devant les stations-service au trafic urbain et aux achats de panique, comme il l’avait fait le 8 septembre. Le 7 octobre, des automobilistes de la capitale disaient encore attendre plusieurs heures pour être servis, certains venus avec des bidons.
Le communiqué part d’un constat : « la persistance des files d’attente observées devant certaines stations-service de la ville de Kinshasa ». Il affirme ensuite que « les stocks de carburants disponibles à Kinshasa sont largement suffisants pour couvrir l’ensemble des besoins de la capitale ». Les perturbations découleraient « uniquement de contraintes logistiques d’acheminement », aggravées par la circulation, et les livraisons ont été intensifiées avec des rotations de nuit des camions-citernes.
Le communiqué s’adresse aussi aux automobilistes. « Ce sont ces mouvements de panique brusques qui provoquent artificiellement les embouteillages et l’engorgement constatés actuellement », écrit le ministère, qui leur demande de ne pas se ruer vers les stations en cours d’approvisionnement.
Le lendemain, Mediacongo décrivait toujours de longues files devant certaines stations de la capitale. Des usagers disaient patienter plusieurs heures, d’autres arrivaient avec des bidons, soit le geste que le ministère déconseillait déjà un mois plus tôt.
Car le communiqué du 6 octobre reprend les arguments de celui du 8 septembre, signé par la ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo. En septembre, elle invoquait déjà les embouteillages qui freinent les camions-citernes, annonçait des rotations nocturnes et déconseillait aux consommateurs de constituer des stocks par crainte d’une pénurie. « Le carburant est disponible, les livraisons se poursuivent et les réserves nationales sont largement suffisantes », résumait le ministère. Quatre semaines plus tard, les files sont revenues.
Ces deux communiqués ne sont pas les premiers de l’année. Le lundi 23 mars, Acacia Bandubola visitait les installations de SEP Congo, dans la commune de la Gombe, après l’apparition de longues files dans plusieurs stations. « La ville de Kinshasa ne connaît aucune pénurie de carburant », déclarait-elle en appelant au calme et en dénonçant l’effet des rumeurs. Le même jour, à la station Engen du croisement des avenues Université et Kapela, les automobilistes faisaient la course pour obtenir du carburant, et des conducteurs affirmaient que des pompistes réclamaient 1 000 francs congolais de plus avant chaque plein.
Le lendemain, le gouvernement parlait d’un déséquilibre « économique, logistique et fiscal ». Le jeudi 26 mars, la distribution était redevenue fluide, à Kintambo Magasin comme dans d’autres quartiers. Trois semaines plus tard, le Comité de suivi des prix des produits pétroliers adoptait une nouvelle structure des prix en invoquant la crise au Moyen-Orient et ses répercussions sur le coût des produits raffinés. Dans la zone Ouest, qui comprend Kinshasa, le litre d’essence est passé de 2 440 à 2 640 francs congolais, celui du gasoil de 2 430 à 2 635 francs.
En juin, des stations étaient fermées et d’autres débordaient. Le mardi 16 juin, la ministre réunissait les principales sociétés pétrolières et logistiques opérant dans l’ouest du pays. Elle évoquait cette fois des « contraintes techniques et administratives » qui avaient « momentanément affecté les opérations d’acheminement des produits vers Kinshasa », et un stock capable de « répondre aux besoins du pays durant plusieurs semaines ».
Mis bout à bout, ces quatre épisodes se ressemblent. Les files apparaissent, le ministère affirme que les stocks suffisent, puis désigne une cause extérieure aux stocks : les rumeurs puis un déséquilibre économique et fiscal en mars, des contraintes techniques et administratives en juin, les embouteillages et la panique des clients en septembre puis en octobre.
Le prix à la pompe, lui, est fixé par l’État, au sein d’un comité de suivi qui associe les ministères et les sociétés pétrolières. Pour les chauffeurs de taxi et de bus, qui vivent du nombre de courses de la journée, une matinée passée dans une file est une recette perdue. En mars déjà, un usager racontait que certains conducteurs réduisaient leurs rotations pendant que d’autres augmentaient leurs tarifs.
Le ministère promet désormais un retour à la normale grâce aux livraisons de nuit, celles-là mêmes qu’il annonçait le 8 septembre. En mars, la tension était retombée en quelques jours. Ce que dureront les files d’octobre dira si l’explication par le trafic suffit à rendre compte de ce qui se passe aux pompes de Kinshasa.
Œil d’Afrique


































