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Liste grise du GAFI : le banquier Joël Makangu fixe les devoirs de la RDC après sa sortie

Le Groupe d’action financière (GAFI) a retiré la République démocratique du Congo de sa liste grise le 30 octobre 2026, après quatre ans de surveillance renforcée. Joël Makangu, banquier congolais qui exerce en Belgique et spécialiste de l’ingénierie financière, a publié le lendemain une feuille de route qui répartit l’effort entre les banques, les entreprises et les citoyens. Son avertissement : le pays reste suivi et peut être réinscrit si les réformes ne tiennent pas au quotidien.

Joël Makangu, banquier congolais et expert en ingénierie financière, après la sortie de la RDC de la liste grise du GAFI
Joël Makangu. Photo transmise à ODA.

Le Groupe d’action financière (GAFI) a retiré la République démocratique du Congo de sa liste grise le 30 octobre 2026, après quatre ans de surveillance renforcée. Joël Makangu, banquier congolais qui exerce en Belgique et spécialiste de l’ingénierie financière, a publié le lendemain une feuille de route qui répartit l’effort entre les banques, les entreprises et les citoyens. Son avertissement : le pays reste suivi et peut être réinscrit si les réformes ne tiennent pas au quotidien.

Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a annoncé la décision le vendredi 30 octobre, à l’issue de la plénière du GAFI réunie à Paris du 26 au 30 octobre. La RDC figurait depuis octobre 2022 parmi les juridictions sous surveillance renforcée, en raison des failles de son dispositif contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. La Côte d’Ivoire, inscrite en octobre 2024, a quitté la liste le même jour.

Joël Makangu a choisi de parler de la suite. Dans un texte daté du 31 octobre, intitulé « Après la liste grise : préserver l’acquis, une responsabilité partagée » et diffusé sur ses réseaux avec une série de visuels, le banquier salue « une victoire collective » puis passe au mode d’emploi. « Sortir de la liste grise n’est pas une ligne d’arrivée, c’est un nouveau départ. Il faut maintenant préserver ces acquis, et c’est l’affaire de tous : banques, entreprises et citoyens », écrit-il.

Le chemin a été long. Kinshasa a exécuté un plan d’action de 23 mesures, que Joël Makangu dit documenté par dix rapports de progrès. En juin 2026, le GAFI avait reconnu que ce plan était pour l’essentiel achevé sans prononcer la sortie, faute de visite de vérification. Le report avait alors été relié à l’épidémie d’Ebola, selon Sikafinance. Les évaluateurs sont finalement venus à Kinshasa en septembre.

C’est sur cette visite que le banquier insiste. Selon lui, le GAFI a contrôlé sur place que les réformes fonctionnaient réellement et que la volonté politique de les maintenir existait. « La sortie n’est donc pas un certificat définitif », écrit-il. Le pays reste suivi par le GAFI et par le GABAC, le groupe régional d’Afrique centrale, et « un pays qui relâche ses efforts peut être réinscrit ».

Les textes existent. Joël Makangu cite la loi n° 22/068 de 2022, modifiée par la loi n° 25/048 de 2025, et une Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF) admise au Groupe Egmont, le réseau mondial des cellules de renseignement financier. Sa formule résume le reste du travail : « Un dispositif de lutte contre le blanchiment est une chaîne : il vaut ce que vaut son maillon le plus faible. »

Les banques viennent en tête, présentées comme « le premier rempart ». Le banquier leur demande de connaître leurs clients et leurs vrais propriétaires, de renforcer la vigilance sur les opérations à risque, de déclarer les soupçons à la CENAREF, d’appliquer les sanctions financières ciblées, de former leurs équipes et de contrôler en interne. Une consigne accompagne la liste : « Gérer le risque, pas le fuir. » La phrase vise le réflexe qui consiste à refuser des catégories entières de clients pour s’épargner le travail de contrôle.

Les entreprises ont leurs propres obligations. Déclarer leurs bénéficiaires effectifs, tenir une comptabilité sincère, payer par la banque plutôt qu’en espèces, fournir les justificatifs demandés. Joël Makangu étend ces règles à l’immobilier, aux notaires, à l’or et aux minerais, qui ont selon lui « les mêmes devoirs qu’une banque ».

Pour la RDC, cette ligne est la plus lourde. Les filières de l’or et des minerais traversent les provinces de l’Est en conflit, et le plan d’action du GAFI portait justement sur le contrôle des secteurs exposés aux pratiques illicites, selon le ministre des Finances. Aux chefs d’entreprise, le banquier promet une contrepartie : « Une entreprise transparente accède aux financements. »

Le volet consacré aux citoyens porte un sous-titre direct, « Refuser d’être le maillon faible ». Coopérer avec sa banque, ne jamais prêter son compte ni son nom, passer par les circuits officiels, déclarer ses espèces aux frontières, signaler ce qui paraît anormal. C’est la partie la plus difficile à faire vivre, dans une économie où l’espèce et le dollar règlent encore une grande part des échanges quotidiens. Joël Makangu termine sur une phrase qu’il veut répétable : « La conformité est l’affaire de tous. »

La suite se mesurera hors des communiqués. Doudou Fwamba attend de la sortie des relations plus fluides entre les banques congolaises et leurs correspondants étrangers. Si les virements entre Kinshasa et l’étranger deviennent plus rapides et moins coûteux dans les prochains mois, l’effet sera visible pour les entreprises comme pour la diaspora. L’autre rendez-vous dépend du suivi du GAFI et du GABAC, dont la prochaine évaluation mesurera, rappelle Joël Makangu, l’efficacité sur le terrain.

Roger Musandji Nzanza / Œil d’Afrique

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