Du 12 au 15 mai à Abidjan, l’Assemblée générale annuelle d’ID4Africa a réuni 2 000 participants venus de plus de 100 pays. Le message central de cette édition : l’Afrique ne peut plus se permettre de gérer l’identité numérique comme un programme ponctuel. Elle doit la gouverner comme une infrastructure d’État.
Près de 500 millions de personnes sur le continent n’ont pas d’identité légale complète. Pas de carte d’identité, pas d’acte de naissance enregistré, pas d’existence administrative. Sans ce document de base, l’accès à la santé, à la banque, à la protection sociale ou à l’école reste bloqué. C’est le chiffre qui a ouvert les travaux d’Abidjan, et il suffit à poser l’enjeu.
Le vice-président ivoirien Koné Tiémoko Meyliet a ouvert la cérémonie le 12 mai, en affirmant que les États africains ne doivent plus se limiter au rôle d’utilisateurs de solutions conçues à l’étranger, mais contribuer activement à la définition des standards internationaux en matière d’identité numérique. La formulation est politiquement précise : ce n’est pas seulement une question technique, c’est une question de souveraineté.
Le directeur général d’ID4Africa, Joseph Atick, a rejoint ce diagnostic en estimant que l’Afrique ne se contente plus de suivre les évolutions mondiales, mais participe désormais à leur définition. Il a aussi nommé ce qui distingue le continent : «Ce qui distingue l’Afrique, c’est la richesse de son expérience concrète, souvent acquise à l’échelle nationale dans des contextes contraints», a-t-il expliqué devant les participants.
Ce déplacement de posture, du pays-utilisateur vers le pays-architecte, est l’un des fils directeurs de cette édition. L’événement réunit décideurs publics, experts, partenaires techniques, acteurs du secteur privé et représentants d’institutions internationales. Parmi eux, le ministre congolais de l’Économie numérique, Augustin Kibassa Maliba, avait présidé à Kinshasa un atelier national de renforcement des capacités avant les assises d’Abidjan, pour harmoniser la position congolaise. Une préparation qui illustre comment les États commencent à traiter ces forums non plus comme des visites d’observation, mais comme des rendez-vous de négociation.
La Côte d’Ivoire a présenté ses propres avancées sur place. Le pays a saisi l’opportunité pour exposer ses innovations visant à faciliter l’accès du public aux documents administratifs : passeports, actes d’état civil, visas biométriques, certificats de nationalité. L’ONECI, office national de l’état civil et de l’identification, est présenté comme un modèle d’autorité permanente, financée dans la durée, et non comme un projet avec une date de fin.
Le hackathon organisé en marge a produit une image que les organisateurs retiendront. Quatre étudiants sénégalais, Fatou Aminata Sow, Soukeyna Diop, Papa Tahibou Tall et Mamadou Falilou Diaw, ont remporté pour la deuxième année consécutive le premier prix de l’Africa Digital Identity Hackathon avec leur solution «TrustSeal», qui permet de vérifier et certifier la fiabilité d’un vendeur ou d’une personne en ligne via l’authentification par identité numérique. L’Afrique produit ses propres solutions. Le podium sénégalais deux années de suite n’est pas un hasard.
Un parlementaire sénégalais présent a cependant posé une question qui tranche avec l’optimisme ambiant. «Au Sénégal, en 2026, 83 % des candidats au baccalauréat sont en séries littéraires, contre seulement 17 % en séries scientifiques. En 1986, les séries scientifiques représentaient 51 % des bacheliers», a-t-il rappelé. Produire des ingénieurs capables de construire des systèmes d’identité souverains demande un changement dans les choix éducatifs nationaux, pas seulement dans les politiques numériques.
La prochaine étape est là. Gouverner un système d’identité à l’échelle d’une population n’est pas gérer un projet pilote de trois ans avec du financement extérieur. C’est organiser une infrastructure permanente, financée en monnaie locale, encadrée par la loi, interopérable avec les autres systèmes. Plusieurs pays africains y sont presque. Beaucoup en sont encore loin.

































