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    Guerre au Moyen-Orient : l’Afrique de l’Est paie une facture qu’elle n’a pas commandée

    Guerre au Moyen-Orient : l’Afrique redoute un nouveau choc économique
    Guerre au Moyen-Orient : l’Afrique redoute un nouveau choc économique
    À Addis-Abeba fin mars, des automobilistes ont attendu plus de 24 heures dans des files devant les stations-service, pour repartir à prix prohibitifs quand ils ont eu la chance de trouver du carburant. À Nairobi, plusieurs stations ont simplement fermé. Ce que vivent les habitants de ces deux capitales n’est pas une crise locale. C’est le contrecoup direct d’une guerre qui se déroule à des milliers de kilomètres, autour du détroit d’Ormuz.

    Depuis l’escalade militaire américano-israélienne contre l’Iran le 28 février 2026, les cours du pétrole ont bondi de plus de 50 %. En parallèle, 29 monnaies africaines ont perdu de la valeur, alourdissant la facture des importations de carburant, d’engrais et de denrées alimentaires.

    «L’Afrique est importatrice nette de produits pétroliers, ce qui signifie qu’elle est fortement exposée à des chocs comme celui-ci», explique Nick Hedley, analyste chez Zero Carbon Analytics. Selon lui, lorsque l’offre mondiale se resserre, les prix grimpent tandis que les monnaies africaines ont tendance à s’affaiblir, les investisseurs privilégiant des valeurs refuges comme le dollar américain.

    L’Afrique de l’Est concentre plusieurs des pays les plus vulnérables. L’Éthiopie est entièrement dépendante des importations pour sa consommation de produits pétroliers. Le Premier ministre Abiy Ahmed a appelé la population à «économiser le carburant et à le réserver en priorité aux besoins fondamentaux et essentiels». Le ministre des Finances a dévoilé en parallèle des mesures d’urgence : augmentation des subventions sur les carburants et répression du commerce illicite. À Addis-Abeba, le pays a aussi imposé un couvre-feu commercial le soir, instauré le télétravail le dimanche et réduit l’éclairage public.

    Au Kenya, plusieurs stations-service, y compris dans la capitale Nairobi, ont été contraintes de rationner l’approvisionnement, voire de fermer faute de carburant. Comme l’Éthiopie, Nairobi a décidé de réintroduire temporairement des subventions sur les carburants, une décision qui tranche avec les engagements pris ces dernières années sous pression des bailleurs internationaux.

    Le problème dépasse le seul carburant. Un rapport conjoint de l’UA, de la Banque africaine de développement et d’institutions onusiennes avertit que «le choc commercial provoqué par le conflit pourrait rapidement dégénérer en crise du coût de la vie sur le continent», en raison de la hausse des prix des carburants et de la nourriture, des coûts du fret et des assurances, des pressions sur les taux de change et de l’impact sur les budgets des États.

    Les engrais liés aux chaînes d’approvisionnement du Golfe ammoniaque, urée sont devenus rares et onéreux, menaçant directement la saison agricole 2026 sur le continent. Pour des pays où une large partie de la population vit de l’agriculture vivrière, cette pression sur les intrants arrive au pire moment : en pleine période de semis.

    Selon le Rapport économique sur l’Afrique publié en avril 2026 par la Banque mondiale, l’inflation médiane sur le continent devrait remonter à 4,8 % en 2026 après un recul à 3,7 % en 2025, principalement sous l’effet des retombées du conflit au Moyen-Orient. Et la BAD avertit que «plus le conflit dure et plus les perturbations dans l’acheminement de l’énergie et des engrais s’aggravent, plus est grand le risque d’un ralentissement significatif de la croissance», avec une perte projetée de 0,2 à 1,5 point de PIB si les hostilités se prolongent au-delà de six mois.

    La contradiction structurelle que révèle cette crise est connue. Plus de 70 % des dettes africaines sont libellées en dollar, euro ou yuan. La BAD chiffre la dette publique africaine à 1 900 milliards de dollars, dont le service absorbe plus de 31 % des recettes publiques. Quand la monnaie baisse, la dette devient plus chère, les investisseurs fuient, et la pression sur la devise s’aggrave.

    Une situation similaire avait été observée après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. La hausse des prix du brut combinée à la dépréciation des monnaies avait entraîné une augmentation des prix alimentaires. Quatre ans plus tard, le même mécanisme se rejoue, avec des économies qui n’ont pas encore fini de digérer le choc précédent.

    Le cessez-le-feu annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril entre Washington et Téhéran a immédiatement fait chuter les cours du pétrole de plus de 15 %. À Nairobi et Addis-Abeba, les prix à la pompe ne redescendent pas aussi vite qu’ils sont montés. Les marchés réagissent en quelques heures. Les ménages attendent.

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