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    Mali : Kidal perdue, ministre de la Défense tué, l’Alliance des États du Sahel face à son bilan

    Les dirigeants burkinabé, Ibrahim Traoré, et malien, Assimi Goïta (Photo) partenaires dans l'AES avec le Niger. Ici, le 23 décembre 2025 à Bamako, au Mali. AP
    Les dirigeants burkinabé, Ibrahim Traoré, et malien, Assimi Goïta (Photo) partenaires dans l'AES avec le Niger. Ici, le 23 décembre 2025 à Bamako, au Mali. AP
    Le 25 avril 2026, une attaque coordonnée a frappé six villes maliennes et coûté la vie au ministre de la Défense Sadio Camara. Kidal est passée sous contrôle du Front de libération de l’Azawad après un accord de retrait avec les Russes de l’Africa Corps. Pendant ce temps, l’Alliance des États du Sahel a mis en service une banque confédérale, un passeport commun et un droit de douane propre. Deux courbes qui vont dans des directions opposées.

    Il était un peu avant 5 h 20, le 25 avril 2026, quand les premières explosions ont retenti à Bamako, Kati, Kidal, Gao, Sévaré et Mopti. L’opération, la plus vaste jamais menée simultanément sur le territoire malien, a été revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, le JNIM, affilié à Al-Qaïda.

    À Kati, à quinze kilomètres de Bamako, un kamikaze a tué le ministre de la Défense Sadio Camara. Le chef du renseignement Modibo Koné a été blessé. Camara était l’architecte du partenariat militaire avec Moscou et l’un des colonels du putsch de 2020. Le Mali lui a rendu un hommage national le 30 avril, sous haute sécurité. Le 4 mai, Assimi Goïta a repris le portefeuille de la Défense à son compte.

    Kidal, la ville qui change de mains sans combat décisif

    Le lendemain de l’attaque, le Front de libération de l’Azawad annonçait contrôler « totalement » Kidal. La ville n’était pas tombée à l’issue d’une bataille rangée. Elle a changé de main après un accord de retrait négocié entre le FLA et l’Africa Corps, la structure russe qui a succédé à Wagner au Mali.

    L’armée malienne et ses partenaires russes se sont ensuite retirés de Tessit et de Ber. Le 1er mai, le FLA et le JNIM prenaient la base militaire de Tessalit. Un hélicoptère russe a été abattu. Plusieurs centaines de soldats maliens ont été capturés à Kidal.

    Kidal avait été reprise par l’armée en novembre 2023, au terme d’une offensive présentée comme la victoire fondatrice de la transition militaire. Sa perte trente mois plus tard, dans les conditions d’une négociation de retrait entre un groupe armé et un partenaire étranger, dit quelque chose de la nature réelle du dispositif sécuritaire dans le nord du pays.

    L’Africa Corps s’est ensuite partiellement retiré du Mali. Le partenariat russe, vendu depuis 2021 comme l’alternative souveraine à Barkhane, sort de cette séquence avec un bilan que Bamako n’a pas commenté publiquement.

    Bamako sous blocus, puis un desserrement

    Le JNIM maintient depuis l’automne 2025 un blocus sur les axes d’approvisionnement en carburant de la capitale. Le groupe cible les convois de camions-citernes venant du Sénégal et de Côte d’Ivoire. Amnesty International, en mai 2026, a appelé le JNIM à respecter le droit international humanitaire et à garantir la sécurité des civils dans une capitale qu’elle décrivait comme assiégée.

    Les effets ont été mesurables : pénuries de gazole, files d’attente aux stations, coupures de courant liées au manque de carburant pour les groupes électrogènes, hausse des prix des transports et des denrées.

    La situation s’est desserrée cet été. L’arrivée de 840 camions-citernes à Bamako, relayée par la presse malienne en août, a permis une amélioration nette de l’approvisionnement. Le blocus n’a pas été levé, il a été contourné par des convois escortés.

    Le 6 mai, le JNIM avait attaqué la prison centrale de Kenieroba, qui accueille 2 500 détenus. Le 1er juin, une mine sur l’axe Bamako-Kayes a fait huit morts et quarante-deux blessés. Le 25 août, une attaque coordonnée a de nouveau visé Bamako, contre des installations de la gendarmerie et l’aéroport militaire. Les 24 et 25 août, l’armée malienne et l’Africa Corps ont mené des frappes aériennes près d’Abéibara et à l’est de Sévaré, dans le cadre de l’opération Dougoukoloko.

    Ce que l’AES a construit pendant ce temps

    Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté la Cédéao le 29 janvier 2025. Depuis, l’Alliance des États du Sahel a produit des institutions qui fonctionnent, et il serait malhonnête de l’ignorer.

    Le passeport confédéral circule depuis janvier 2025. Un droit de douane commun de 0,5 % sur les importations en provenance des pays tiers est appliqué depuis la fin mars 2025 : c’est la première ressource propre de la Confédération, et elle ne dépend d’aucun bailleur. La Banque confédérale d’investissement et de développement a été inaugurée le 23 décembre 2025 à Bamako, avec un capital initial de 500 milliards de francs CFA, soit environ 890 millions de dollars. Le professeur burkinabè Balibié Serge Auguste Bayala la dirige depuis le début de l’année, et ses gouverneurs ont validé le 8 juin 2026 les premiers jalons opérationnels sur le budget, le recrutement et la stratégie de financement. L’enrôlement pour une carte d’identité biométrique commune a démarré au Niger le 27 mars 2026.

    La monnaie commune, « le sahel », reste une perspective de moyen terme. Aucune sortie du franc CFA n’est engagée en 2026, contrairement à ce que laissaient entendre les discours de 2023.

    Deux souverainetés qui ne se rejoignent pas

    Une banque de développement dotée de 890 millions de dollars, un prélèvement douanier autonome et un document de voyage commun sont des attributs de souveraineté réels, obtenus en dix-huit mois par trois États sous embargo diplomatique partiel. Les balayer d’un revers de main relèverait de la paresse analytique.

    Mais la souveraineté institutionnelle et la souveraineté territoriale ne progressent pas ensemble. Pendant que la Confédération se dote d’organes, l’État malien perd le contrôle de Kidal, subit des attaques dans sa capitale, et voit son partenaire militaire étranger se retirer partiellement après avoir négocié sa propre évacuation avec un groupe armé.

    En juin 2025, une loi a accordé à Assimi Goïta cinq années supplémentaires à la tête du pays, renouvelables, sans élection. L’argument avancé était la nécessité de la stabilité pour mener la guerre. Quatorze mois plus tard, ce raisonnement se heurte à des faits qui n’ont pas été discutés publiquement au Mali, faute d’espace pour le faire.

    Ce qui se joue dans les prochains mois se lit sur trois indicateurs. La capacité de l’armée à rouvrir durablement les corridors routiers vers Kayes et vers la Côte d’Ivoire. Le format et l’ampleur de la présence russe résiduelle. Et la question que ni Bamako ni Ouagadougou ni Niamey n’abordent frontalement : ce que la Confédération fait quand l’un de ses trois membres perd du terrain sur son propre territoire.

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