La Banque centrale du Kenya a autorisé le rachat de NCBA par Nedbank, qui peut désormais prendre jusqu’à 66 % du capital du groupe bancaire kényan. L’opération, chiffrée à 116,3 milliards de shillings par Financial Afrik le 31 août 2026, fait passer sous contrôle sud-africain la banque qui porte Fuliza et M-Shwari, les deux services de crédit mobile les plus utilisés du pays.
L’approbation a été délivrée le 28 août 2026 au titre de l’article 13(4) du Banking Act, et rendue publique trois jours plus tard. C’était la dernière autorisation qui manquait au groupe de Johannesburg pour prendre le contrôle de NCBA Group PLC.
NCBA n’est pas une banque kényane parmi d’autres. C’est l’établissement qui porte M-Shwari, lancé en 2012 avec Safaricom, et Fuliza, ouvert en 2019 avec Safaricom et KCB. Le premier compte plus de 26 millions de clients, le second plus de 18 millions. La banque annonce décaisser plus de mille milliards de shillings de crédit numérique par an. Quand un paiement M-Pesa dépasse le solde disponible, c’est Fuliza qui comble l’écart, et c’est le bilan de NCBA qui porte la ligne. Le changement d’actionnaire touche donc un mécanisme de trésorerie quotidien pour une part importante des adultes kényans.
Le prix, lui, a circulé sous plusieurs formes depuis janvier. Financial Afrik retenait le 31 août 2026 un montant de 116,3 milliards de shillings, soit 855,8 millions de dollars. D’autres valorisations ont été publiées au fil de l’opération, entre 794 et 842 millions de dollars, selon la date de conversion et l’hypothèse retenue sur le taux d’apport à l’offre. L’écart tient au change autant qu’à la structure du paiement : Nedbank règle 80 % en actions nouvellement émises et 20 % en liquide. À ce niveau, la transaction valorise NCBA autour de 1,4 fois ses fonds propres.
Les actionnaires kényans qui apportent leurs titres recevront donc du papier Nedbank. Ensemble, ils détiendront un peu moins de 9 % du groupe sud-africain. Les 34 % du capital de NCBA qui restent en dehors de l’opération continuent d’être cotés à la Bourse de Nairobi, et l’enseigne NCBA est maintenue.
Deux familles concentrent une large part du produit de la vente. Enke Investments Limited, véhicule de la famille Kenyatta, détient 13,2 % de NCBA, soit 217,49 millions d’actions, auxquelles s’ajoutent 12,75 millions de titres portés en propre par Muhoho Kenyatta. Les familles Kenyatta et Ndegwa, à l’origine de la fusion qui a donné naissance à NCBA en 2019, devraient percevoir environ 21,9 milliards de shillings, de l’ordre de 170 millions de dollars.
Le dossier a suivi le parcours complet des régulateurs de la région. L’avis d’intention date du 21 janvier 2026. L’Autorité des marchés de capitaux du Kenya a donné son accord le 19 février, la commission de la concurrence du COMESA et l’autorité est-africaine en juin. L’offre publique d’achat a été ouverte le 28 mai. Restait la Banque centrale, seule habilitée à autoriser un changement d’actionnariat de contrôle dans une banque kényane. Elle est dirigée depuis le 19 juin 2023 par Kamau Thugge, dixième gouverneur de l’institution, successeur de Patrick Njoroge.
John Gachora, directeur général du groupe NCBA, a défendu la continuité : la banque conserve sa marque, sa gouvernance et sa direction kényanes. Nedbank, dirigée par Jason Quinn, a confirmé le maintien de l’enseigne. Le groupe de Johannesburg était jusqu’ici solidement installé en Afrique australe et présent ailleurs sur le continent par des participations minoritaires. Il acquiert cette fois un opérateur bancaire est-africain de plein exercice, et avec lui une position acquise dans le crédit mobile de masse, un segment que peu de banques du continent maîtrisent à cette échelle.
Reste à savoir ce que le changement d’actionnaire fait au coût du crédit. Les conditions de Fuliza relèvent d’une négociation entre NCBA, Safaricom et le régulateur, pas du seul actionnaire majoritaire, mais un propriétaire installé à Johannesburg pèsera sur les arbitrages de marge d’un produit qui touche des millions de comptes chaque mois. À Nairobi, le flottant de NCBA tombe à 34 %, ce qui réduit mécaniquement la liquidité d’un titre qui comptait dans la cote. NCBA a dégagé 23,4 milliards de shillings de bénéfice net en 2025 et distribué 11,7 milliards de dividendes. C’est cette rentabilité que Nedbank achète, et c’est sur elle que l’opération se jugera.