Dans son rapport sur les Perspectives économiques mondiales publié le 11 juin, la Banque mondiale projette une croissance mondiale de 2,5 % en 2026, contre 2,9 % l’année précédente. C’est le rythme le plus faible enregistré depuis la pandémie de Covid-19, porté principalement par les effets du conflit au Moyen-Orient sur les prix de l’énergie et les conditions d’emprunt.
Pour l’Afrique subsaharienne, le tableau est plus nuancé. La croissance régionale devrait atteindre 4,0 % cette année, avant de remonter à 4,4 % en 2027. C’est légèrement moins que les 4,1 % enregistrés en 2025, et 0,3 point de moins que ce que l’institution anticipait en janvier. Les révisions à la baisse se multiplient depuis le début de l’année, au fur et à mesure que les effets du conflit au Moyen-Orient se diffusent dans les économies africaines.
La transmission est mécanique. Les perturbations dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, ont fait grimper les prix du carburant et des engrais. Les économies africaines importatrices de pétrole absorbent ce choc de plein fouet. La Banque mondiale anticipe une inflation de 4,8 % en Afrique subsaharienne en 2026, sous l’effet combiné de la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires. Ce sont les ménages les plus modestes, qui consacrent une part disproportionnée de leurs revenus à l’alimentation et au carburant, qui en supportent le coût le plus lourd.
La dette pèse autant que le contexte international. Le service de la dette publique a presque doublé en huit ans dans la région, passant de 9 % des recettes publiques en 2017 à 18 % en 2025. Près de la moitié des pays admissibles aux financements de l’IDA sont déjà surendettés ou à risque élevé de l’être. Les pressions sont particulièrement marquées au Kenya, en Éthiopie, au Malawi, au Mozambique et au Burundi. Le Sénégal figure parmi les économies dont les prévisions ont été révisées à la baisse, après la révélation d’une dette cachée et le gel des financements du FMI. La Côte d’Ivoire et l’Ouganda sont également concernés.
Les investissements publics en capital restent inférieurs de 20 % à leur niveau de 2014, ce qui limite les gains de productivité et la création d’emplois. La croissance du PIB réel par habitant devrait se limiter à 1,6 % en 2026, un rythme insuffisant pour réduire sensiblement l’extrême pauvreté. Selon la Banque mondiale, environ 464 millions de personnes vivaient encore dans l’extrême pauvreté en Afrique subsaharienne en 2024.
Face à ces contraintes, plusieurs dynamiques jouent en faveur du continent. La Chine a supprimé les droits de douane sur l’ensemble des importations africaines, une mesure qui vient élargir les débouchés commerciaux pour les exportateurs du continent. L’AGOA, l’accord d’accès préférentiel au marché américain, a été prolongé jusqu’à fin 2026. Le commerce intra-africain, porté par la Zone de libre-échange continentale africaine, progresse. Les réformes structurelles engagées en Afrique du Sud, en Éthiopie et au Nigeria soutiennent également les projections à moyen terme.
Le problème n’est pas l’absence de croissance. C’est que 4 % de croissance dans une région dont la population augmente aussi vite ne suffit pas à faire reculer la pauvreté. La Banque mondiale le dit sans détours : le défi africain est avant tout structurel, marqué par de faibles niveaux d’investissement, une productivité limitée et une création d’emplois insuffisante. Les chiffres de croissance du continent ont de quoi rassurer à première vue. Ils masquent une réalité que les populations elles-mêmes connaissent mieux que n’importe quel rapport.





































