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    Kenya : les commerçants étrangers sommés de fermer, le gouvernement dément l’avoir ordonné

    La directive qui réserve le commerce de détail et le colportage aux Kényans est entrée en application le 7 septembre 2026. Devant l’ambassade du Burundi à Nairobi, des files se formaient dès 7 heures. Le gouvernement kényan dément pourtant avoir ordonné la fermeture des activités des commerçants étrangers et renvoie à un projet de loi encore en examen au Parlement. Treize mois plus tôt, Nairobi protestait contre une mesure tanzanienne du même ordre.

    La directive qui réserve le commerce de détail et le colportage aux Kényans est entrée en application le 7 septembre 2026. Devant l’ambassade du Burundi à Nairobi, des files se formaient dès 7 heures. Le gouvernement kényan dément pourtant avoir ordonné la fermeture des activités des commerçants étrangers et renvoie à un projet de loi encore en examen au Parlement. Treize mois plus tôt, Nairobi protestait contre une mesure tanzanienne du même ordre.

    Sur Denis Pritt Road, où siège l’ambassade du Burundi, l’attente avait commencé avant l’ouverture des guichets. The Standard, qui a couvert la journée du 7 septembre dans la capitale kényane, décrit des Burundais venus chercher des documents de voyage et une aide au retour, une bousculade pour les billets à la gare routière de Country Bus Station, des cybercafés du centre-ville occupés par des étrangers imprimant leurs pièces. À Gikomba, le quotidien rapporte des vendeurs de café et de mandazi pris à partie sur leur emplacement. Ces scènes reposent sur le reportage d’un seul média kényan, qui les a produites lui-même.

    La directive remonte au 2 septembre. Ce jour-là, devant des représentants des micro, petites et moyennes entreprises reçus à State House, le président William Ruto demande que le commerce de détail et le colportage exercés par des étrangers cessent à compter du 7 septembre. « À partir de la semaine prochaine, tous les commerçants qui exercent ces petits commerces doivent les fermer », déclare-t-il en anglais. Ces activités doivent revenir aux Kényans, plaide-t-il.

    Quatre jours plus tard, le secrétaire principal aux Affaires étrangères Korir Sing’Oei prend le contre-pied de la lecture qui circule. Sur X, il conteste un article du Monde publié la veille, dont le titre annonçait que le président kényan exigeait la fermeture des petits commerces tenus par des étrangers. Les propos ont été sortis de leur contexte, écrit-il : ils répondaient à une discussion sur le Local Content Bill 2025, en examen au Parlement. Les étrangers qui détiennent un permis de travail, une licence commerciale et les pièces exigées restent protégés par la loi pour vivre, travailler et commercer au Kenya.

    Le même jour, le ministre des Investissements, du Commerce et de l’Industrie Lee Kinyanjui précise la ligne, et elle ne dit pas que rien ne change. L’entrée sans visa, ou la dispense d’autorisation électronique de voyage, n’ouvre aucun droit à l’emploi, au commerce ou aux affaires. Des visiteurs entrés avec un visa de tourisme exercent dans le détail et le commerce local sans titre, et ils doivent se mettre en règle. Officiellement, la mesure vise donc le défaut de titre et non la nationalité. Entre cette formulation et la phrase du 2 septembre, l’écart reste entier.

    Le texte que le gouvernement met en avant n’est pas encore une loi

    Le Local Content Bill 2025, porté par Jane Kagiri, députée représentante des femmes du comté de Laikipia, impose aux entreprises étrangères d’acheter au moins 60 pour cent de leurs biens, services et fournitures auprès d’entreprises locales, et de composer leurs effectifs à 80 pour cent de citoyens kényans. Les industriels qui transforment des produits agricoles devraient s’approvisionner à 100 pour cent auprès d’agriculteurs kényans. Le texte prévoit des sanctions en cas de manquement.

    Ce projet vise les entreprises constituées, pas les vendeurs de rue. Il est devant le Parlement et n’a pas été adopté. Le gouvernement justifie une directive qui s’applique aujourd’hui en renvoyant à un texte qui ne s’applique pas encore, et à un périmètre qui n’est pas celui des colporteurs de Gikomba.

    Personne n’a publié le nombre de personnes concernées. Al Jazeera relevait le 7 septembre que le gouvernement n’a diffusé ni liste des activités visées, ni estimation des commerçants étrangers touchés, ni règle claire pour les détenteurs de permis. Les seuls chiffres officiels disponibles portent sur les entreprises à participation étrangère, qui employaient 224 769 personnes en juin 2024, dont 221 267 Kényans, soit 1,6 pour cent d’étrangers. Ces données décrivent l’économie formelle, une population différente de celle que la directive vise. ODA n’a pas pu retrouver ces chiffres dans une publication accessible du Kenya National Bureau of Statistics : ils sont repris de la chaîne qatarie.

    Bujumbura proteste, Dodoma ouvre le code

    Le ministre burundais des Affaires étrangères Édouard Bizimana a réagi publiquement, en avertissant sur la réciprocité. « Les Kényans vivent en paix au Burundi. Mais si ce discours de haine contre le Burundi continue, les choses vont certainement changer », déclare-t-il dans des propos rapportés par The Standard. Des députés burundais se sont inquiétés du sort de leurs ressortissants installés au Kenya.

    Dar es Salaam a choisi une autre méthode. La Tanzanie examine si les mesures kényanes sont compatibles avec le Protocole du marché commun de la Communauté d’Afrique de l’Est, a déclaré au Citizen l’ambassadrice Mindi Kasiga, cheffe de l’unité de communication gouvernementale au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération est-africaine. Son argument porte sur les annexes du Protocole, où chaque État partie a inscrit les activités qu’il ouvrait aux ressortissants des autres.

    « Pour les domaines dans lesquels les pays n’ont pas pris d’engagements spécifiques, chaque pays dispose du pouvoir d’apprécier, conformément à ses lois et politiques internes, s’il ouvre ces activités ou s’il impose des restrictions, en fonction de sa situation, de ses besoins et des conditions du moment », a dit l’ambassadrice Kasiga.

    L’argument mérite d’être lu jusqu’au bout. S’il vaut pour le Kenya de septembre 2026, il vaut aussi pour la Tanzanie de juillet 2025, qui avait réservé à ses seuls nationaux quinze catégories d’activités, parmi lesquelles le transfert d’argent mobile, le guidage touristique, l’orpaillage, l’achat de récoltes et les salons de beauté. Dodoma n’examine pas seulement la mesure de son voisin. Elle défend la sienne.

    Nairobi tenait l’argument inverse il y a un an

    Le 1er août 2025, le Kenya avait officiellement protesté contre ces restrictions tanzaniennes. La secrétaire principale aux Affaires de la Communauté d’Afrique de l’Est, Caroline Karugu, avait porté la plainte de Nairobi, estimant que la décision tanzanienne risquait de saper les efforts d’intégration économique régionale menés dans le cadre de la Communauté. Le même jour, la Communauté mettait en garde ses États membres contre les actions unilatérales contraires au Protocole du marché commun, qui garantit la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux.

    Cette mise en garde n’a rien suspendu. Les quinze catégories tanzaniennes sont restées fermées, et treize mois plus tard le Kenya prend une mesure comparable sur son propre territoire. Entre les deux, aucun organe n’a tranché, aucune procédure n’a été ouverte, aucune obligation n’a été rétablie.

    C’est le point qui dépasse les deux capitales. Le marché commun est-africain repose sur un texte dont l’interprétation appartient à chaque État partie, à travers des annexes que chacun lit selon son intérêt du moment, et sur un secrétariat qui met en garde sans pouvoir contraindre. Les commerçants qui font la queue devant une ambassade ne relèvent d’aucun recours régional avant d’avoir plié boutique.

    La directive du 2 septembre n’a toujours pas d’acte écrit et publié, et c’est lui qui dira ce qui est exigible, de qui, à partir de quand. Le Local Content Bill attend son vote au Parlement kényan, où son adoption ferait passer la préférence nationale de la consigne à la norme. L’examen juridique tanzanien, lui, avancera avec une contrainte que Dar es Salaam n’a pas choisie, celle de défendre en même temps sa propre mesure de 2025.

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