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    Législatives marocaines : le salaire minimum entre dans la campagne

    À dix-sept jours du scrutin législatif du 23 septembre 2026, le Rassemblement National des Indépendants a fait de la revalorisation du salaire minimum le premier axe de sa campagne. Le parti qui dirige la coalition gouvernementale sortante s’engage à porter le SMIG mensuel de 3 422 à 5 000 dirhams, soit une hausse d’environ 46 pour cent en une législature, après une revalorisation de 20 pour cent déjà actée en janvier 2026. La promesse a été portée le 4 septembre lors d’un meeting tenu à Jorf El Melha, dans la province de Sidi Kacem, quatre jours après l’ouverture officielle de la précampagne, et à moins d’une semaine de la clôture du dépôt des candidatures fixée au 9 septembre.

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    À dix-sept jours du scrutin législatif du 23 septembre 2026, le Rassemblement National des Indépendants a fait de la revalorisation du salaire minimum le premier axe de sa campagne. Le parti qui dirige la coalition gouvernementale sortante s’engage à porter le SMIG mensuel de 3 422 à 5 000 dirhams, soit une hausse d’environ 46 pour cent en une législature, après une revalorisation de 20 pour cent déjà actée en janvier 2026. La promesse a été portée le 4 septembre lors d’un meeting tenu à Jorf El Melha, dans la province de Sidi Kacem, quatre jours après l’ouverture officielle de la précampagne, et à moins d’une semaine de la clôture du dépôt des candidatures fixée au 9 septembre.

    L’ouverture du débat sur le pouvoir d’achat marque un déplacement du terrain électoral marocain. Depuis les législatives de 2021, la ligne dominante des grands partis avait mis l’accent sur la relance de l’investissement, la modernisation administrative et la stratégie de développement régional. Le salaire minimum figurait dans les programmes, sans en constituer l’entrée. La promesse de 5 000 dirhams, chiffrée, datée et défendue par le chef du gouvernement sortant lors d’un meeting de terrain, installe le pouvoir d’achat au cœur du calendrier de campagne, dans un pays où le SMIG concerne à la fois l’industrie, les services et une partie du commerce urbain, mais où il ne couvre pas le monde agricole.

    Le SMAG, salaire minimum agricole, a été porté à 2 533 dirhams en avril 2026, dans le cadre des accords de dialogue social conclus par le gouvernement. L’écart entre les deux minima, qui persiste et se creuse même en cas de bond du SMIG à 5 000 dirhams, structure une partie du débat économique marocain. Le Maroc rural, où la question du revenu agricole reste centrale, ne bénéficie pas mécaniquement d’une hausse du SMIG. La promesse portée à Jorf El Melha, précisément en zone rurale de la région Rabat-Salé-Kénitra, ouvre la question de savoir si le RNI proposera un scénario parallèle pour le SMAG dans les jours qui restent avant le dépôt des candidatures.

    La proposition a immédiatement produit des réactions dans la majorité sortante. Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget, a défendu le 5 septembre à Rabat des propositions présentées par le Parti Authenticité et Modernité, autre force de la coalition gouvernementale. La séquence dessine un début de campagne où les partis de la coalition sortante cherchent à occuper simultanément le terrain social, chacun avec sa propre grille chiffrée, dans une compétition qui a pour arbitre la faisabilité budgétaire des promesses avancées.

    C’est à cet endroit que la promesse RNI produit sa question la plus directe. Une hausse du SMIG de 3 422 à 5 000 dirhams représente une progression brute de 1 578 dirhams par mois et par salarié concerné. Sur un plein temps annuel, l’ordre de grandeur cumulé, hors charges patronales et hors cotisations, dépasse 18 000 dirhams par salarié et par an. À l’échelle du million de salariés au SMIG déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale, le montant additionnel entre dans les proportions macroéconomiques. Il touche aux comptes publics par la voie des cotisations, au coût du travail des PME, à la formation des prix dans les branches à forte intensité de main-d’œuvre. Le passage annoncé de 20 pour cent en janvier 2026 avait déjà été absorbé après négociation entre partenaires sociaux. Une seconde hausse d’une ampleur équivalente ne peut pas être présentée comme un simple prolongement de la précédente, elle appelle un scénario chiffré de financement, que le parti n’a pas rendu public à ce stade.

    La question du calendrier compte autant que celle du montant. La proposition parle d’un objectif de législature, sans étape intermédiaire précisée, sans indexation explicite sur un critère macroéconomique, sans clause de revoyure en cas de retournement conjoncturel. Le SMIG marocain a historiquement été revalorisé par tranches négociées, avec une prévisibilité limitée pour les employeurs. La formulation d’un objectif de fin de législature, sans grille de convergence, laisse ouverte la question de savoir à quel horizon la marche vers 5 000 dirhams serait effectivement franchie, et selon quelle mécanique.

    Le calendrier électoral, lui, est fermé. Le dépôt des candidatures ferme le 9 septembre à minuit, le scrutin se tient le 23. Entre ces deux dates, quinze jours de campagne pleine, dans un pays où le contrôle de l’organisation légale des campagnes est encadré par la loi organique 27-11 relative à la Chambre des représentants. Chaque promesse chiffrée entre dans les tableaux comparatifs qui seront produits par la presse marocaine, par les syndicats, par les organisations patronales. La CGEM, principale organisation patronale, n’a pas encore réagi publiquement au chiffre RNI. La position que prendront les organisations syndicales, dont l’UMT et la CDT, dans les huit jours à venir, pèsera sur la façon dont la promesse sera lue par le corps électoral.

    Le débat qui s’ouvre à Jorf El Melha éclaire aussi la nature du contrat gouvernemental sortant. Le RNI dirige une coalition qui a piloté les cinq dernières années une politique de stabilisation macroéconomique après le choc de 2020, une politique de généralisation de la protection sociale et une politique de soutien à l’investissement industriel. La promesse d’un SMIG à 5 000 dirhams se lit, dans cette continuité, comme un pari sur la conservation du gouvernement. Elle se lit aussi, à distance, comme un signal envoyé aux ménages salariés urbains, dont le vote a été volatile lors des scrutins récents. La campagne qui s’ouvre à Rabat, à Casablanca, à Fès et à Marrakech dira dans quinze jours si le chiffre choisi tient devant l’ensemble des grilles proposées par les autres formations.

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