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    Football : Winsley Boteli choisit la Suisse, la RDC accélère sur les binationaux

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    Douze buts en douze matches officiels avec le FC Sion au début du mois de septembre. En quelques semaines, Winsley Boteli est devenu l’attaquant le plus suivi du championnat suisse et l’un des dossiers les plus commentés de la Fédération congolaise de football association. Le 11 septembre, l’attaquant de 20 ans a tranché sur Instagram : il continuera avec la Suisse.

    L’explication qu’il avait livrée au quotidien valaisan Le Nouvelliste tenait en une phrase. « Pourquoi devrais-je changer si je porte le maillot suisse avec mes amis depuis mes premières sélections juniors ? Je ne vois aucune raison de changer soudainement de nationalité sportive », déclarait-il. Boteli a grandi en Suisse, a été formé dans ses clubs et a porté les couleurs helvétiques depuis les U15. Pour lui, rejoindre la Nati prolonge un parcours commencé à l’adolescence.

    La réaction d’une partie du public congolais a été assez dure pour qu’il publie une mise au point. « Je tiens simplement à préciser que, jusqu’à très récemment, je n’avais jamais eu de contact avec l’équipe congolaise », écrit-il le 11 septembre. Il ajoute avoir pris le temps de réfléchir à la proposition congolaise : « Je suis congolais. Mes origines font partie de mon identité. Le Congo a toujours une place importante dans mon cœur. » Et il conclut sur les deux pays : « Je suis fier de mes deux pays et de ce qu’ils représentent pour moi. »

    Le dossier vaut donc moins comme un refus que comme un indicateur. Boteli n’a pas choisi entre deux appartenances, il a choisi entre deux histoires sportives, et la congolaise a commencé trop tard.

    Une précision juridique mérite d’être gardée en tête. Depuis la réforme adoptée par la FIFA en 2020, un joueur peut changer de nationalité sportive s’il a disputé moins de trois matches officiels avec sa première sélection, tous avant ses 21 ans, et aucun en phase finale d’une Coupe du monde ou d’une compétition continentale. Boteli n’a pas encore été appelé chez les A suisses. Sa décision est claire, elle n’est pas irréversible.

    Le précédent Bouaddi, vu de Paris

    Six mois plus tôt, la Fédération française de football avait vécu l’expérience inverse de celle des Léopards. Ayyoub Bouaddi, né à Creil, formé au LOSC, international français dans toutes les catégories de jeunes et capitaine des Bleuets, a donné son accord verbal au Maroc en mars 2026 après une rencontre avec le sélectionneur Mohamed Ouahbi, selon Foot Mercato. Fin mai, il figurait dans la liste marocaine pour la Coupe du monde.

    La FFF n’a pas cherché à minimiser. « Bouaddi est un talent que nous avons suivi pendant de nombreuses années. C’est une perte importante pour notre fédération. Mais c’est son choix », a reconnu Hubert Fournier, directeur technique national, dans un entretien à The Athletic le 4 juillet 2026. Fournier a précisé que Didier Deschamps jugeait le milieu lillois pas tout à fait prêt pour les A avant le Mondial.

    Là est le nœud du problème pour toutes les fédérations formatrices. Convoquer très tôt un joueur pour verrouiller son avenir international, au risque de l’installer sur un banc qu’il ne méritait pas encore. Ou attendre qu’il soit mûr, et parfois le perdre entre-temps. La France a longtemps assumé la seconde option. Le Maroc a construit sa stratégie sur la première.

    Ce que le Maroc a changé

    L’épisode le plus parlant remonte au recrutement d’Achraf Hakimi. Nasser Larguet, alors directeur technique national marocain, a raconté à L’Équipe sa rencontre avec le joueur, son père et ses représentants. En Espagne, Hakimi affrontait une concurrence dense à son poste. Au Maroc, la fédération lui offrait une place immédiate. Larguet lui aurait lancé : « Je te donne une demi-heure pour réfléchir. Je dois discuter avec un autre joueur dans l’hôtel. » Trente minutes plus tard, la réponse tombait : « C’est bon, c’est le Maroc ! »

    Cet argument ne relevait pas du sentiment. Il portait sur le temps de jeu, le rôle et la trajectoire. Il a fonctionné parce que la fédération marocaine pouvait déjà tenir ses promesses, et il fonctionne mieux encore depuis la demi-finale de 2022, la médaille olympique de 2024 et le titre mondial U20 de 2025. Un jeune formé en Europe ne se demande plus s’il sacrifie sa carrière en rejoignant Rabat.

    La question posée aux binationaux a donc changé de nature. Elle ne porte plus sur le pays des parents mais sur la qualité du projet sportif. Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine, l’a formulé à propos du recrutement de Brahim Diaz : il ne s’agit pas de convaincre un joueur d’aimer un drapeau, mais de lui expliquer ce que la sélection va construire et sur quelle échéance.

    L’Algérie a obtenu le même résultat par une voie plus simple. Amine Gouiri avait franchi toutes les catégories françaises de jeunes lorsque Djamel Belmadi l’a appelé directement. « Dès que Belmadi m’a appelé, je suis venu sans hésiter », a résumé l’attaquant à La Gazette du Fennec. Le coup de téléphone d’un sélectionneur pèse plus lourd qu’un intermédiaire, parce qu’il vaut engagement.

    La RDC a déjà ses réussites

    Kinshasa connaît ce terrain mieux qu’on ne le dit à chaque dossier perdu. Noah Sadiki est né dans la périphérie bruxelloise et a été formé en Belgique. Il a rejoint les Léopards à partir des U20. « Je l’ai fait en mon âme et conscience. Il y a une nouvelle génération qui a envie d’aider les gens du pays », expliquait-il à La DH en mars 2026, ajoutant que, enfant, il regardait la plupart des matches de la RDC.

    Le travail de conviction n’est pas improvisé. Francis Sadiki, père du joueur et directeur d’une académie de la région bruxelloise, a été mandaté par la fédération congolaise pour approcher les binationaux formés en Europe. Sa formule, dans le même article, résume la méthode : « On conscientise mais on n’oblige personne. » Le dispositif décrit par le site congolais Beto le 8 juillet 2026 tient à trois appuis : un réseau de repérage installé dans les académies belges, une fondation créée à Bruxelles pour encadrer les jeunes belgo-congolais, et le capitaine Cédric Bakambu qui prend lui-même contact avec les joueurs hésitants.

    La durée compte autant que l’argument. Aaron Wan-Bissaka, né à Croydon, passé par les U20 et U21 anglais, a demandé près d’un an de démarches avant de basculer. Il a retiré son passeport congolais à Bruxelles le 19 août 2025, à 27 ans. Ce genre de dossier ne se règle pas en une conversation.

    Le cas de Ngal’ayel Mukau montre l’autre moitié de l’équation. Passé par les sélections belges de jeunes, titulaire à Malines puis transféré au LOSC, le milieu attendait une convocation chez les U21 belges qui n’est jamais venue. « J’espérais être sélectionné avec les U21 belges, mais ça ne s’est jamais produit », a-t-il raconté dans l’émission Take the seat, reprise par la presse lilloise en janvier 2026. « À partir d’un moment, vous regardez simplement de l’autre côté. » Sadiki a fait le reste : « Il a fait le pas avant moi et il m’a un peu convaincu. » De son premier rassemblement avec les Léopards, Mukau retient une chose : « Il y avait beaucoup d’amour là-bas. C’était complètement différent. »

    Deux garçons nés ou élevés en Belgique, aux parcours comparables à celui de Boteli, ont donc tranché dans l’autre sens. Ce qui les a décidés n’est pas la force du lien familial, que Boteli revendique aussi, mais le moment où une fédération est venue les chercher.

    Le mouvement joue aussi dans l’autre sens, et il serait faux de le lire comme une migration à sens unique. Romelu Lukaku, né à Anvers de parents congolais, est devenu le meilleur buteur de l’histoire de la Belgique sans jamais renier son ascendance. Joris Kayembe, formé lui aussi en Belgique, a fait le choix inverse. L’identité familiale et l’identité sportive suivent des trajectoires distinctes, et les confondre est ce qui rend ces polémiques aussi prévisibles.

    Le supporter ne raisonne pas comme le joueur

    C’est là que ces dossiers deviennent inflammables. Pour une partie du public, l’origine familiale suffit à faire du joueur l’un des siens, et son refus devient un désaveu. Boteli en a fait l’expérience en quarante-huit heures : une interview accordée à un journal régional suisse, reprise et découpée, puis une vague de commentaires assez agressive pour qu’il s’en explique publiquement.

    Le joueur s’est retrouvé à devoir justifier une décision qui, de son point de vue, n’en était pas une. Il a simplement continué avec la sélection qu’il connaissait depuis six ans. Les réseaux sociaux, eux, ont transformé cette continuité en prise de position sur le Congo.

    Le recrutement commence avant la convocation

    La leçon opérationnelle est connue des fédérations qui gagnent ces batailles. On ne recrute pas un binational le mois où il marque douze buts en douze matches. On l’a identifié quatre ans plus tôt, on connaît sa famille, on a fait visiter les installations, on a expliqué qui entraîne et ce que vaut le staff, et on l’a fait venir une première fois avant que le dossier ne devienne public.

    La RDC s’y met avec des moyens nouveaux. La qualification pour la Coupe du monde 2026, cinquante-deux ans après celle du Zaïre, puis l’élimination en seizièmes de finale face à l’Angleterre début juillet, ont changé la valeur d’échange de la sélection. La liste publiée par Sébastien Desabre le 11 septembre en porte la trace : une douzaine de nouveaux appelés, dont Willy Kambwala, Stephy Mavididi et Mathis Idumbo, pour des joueurs pour l’essentiel formés en Europe.

    Reste à savoir si cette dynamique tiendra le cycle complet jusqu’à la CAN 2027. Les fédérations africaines qui ont réussi à fixer leurs binationaux ont toutes fait la même chose : elles ont cessé de parler d’origines et commencé à parler de calendrier, de poste et de projet. Boteli, lui, a été pris six ans trop tard. Les prochains joueurs de son profil se décideront vers 2028, et les Léopards ont commencé à les appeler.

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