À sept semaines des élections municipales en Afrique du Sud, fixées au 4 novembre 2026, deux sondages placent l’ANC sous la barre des 35 % : 31 % pour Ipsos, 34 % pour la Social Research Foundation. Pour Ipsos, un seul parti dépasse la majorité absolue dans une métropole, le MK à eThekwini. Les basculements les plus commentés, à Mangaung et à Buffalo City, reposent pourtant sur des échantillons que l’institut demande lui-même de lire avec prudence.
Le recul se mesure sur cinq ans. L’ANC avait obtenu 45,6 % des voix aux municipales de 2021, puis 40,18 % aux élections générales de mai 2024, qui l’ont privé de sa majorité parlementaire. Les deux enquêtes publiées depuis août le situent à nouveau plus bas.
Elles ne mesurent pas la même chose, et c’est la première précaution. Ipsos a interrogé 3 600 personnes à leur domicile et dans leur langue, en juin et juillet 2026. Ses pourcentages portent sur les électeurs inscrits qui ont choisi un parti sur un bulletin simulé, soit 81,8 % des inscrits, sans modèle de participation. Résultat national publié le 4 septembre : ANC 31 %, DA 25 %, MK 14 %, EFF 11 %, ActionSA 6 %. La marge d’erreur maximale est de 1,77 point sur l’ensemble des inscrits.
La Social Research Foundation, associée au site The Common Sense, a fait interroger par téléphone 2 214 électeurs inscrits du 8 au 31 juillet. Elle pondère ses résultats par une probabilité de vote, avec une marge de 2,1 points. Elle donne l’ANC à 34 %, la DA à 27 %, le MK à 15 % et l’EFF à 7 %. Les deux séries ne s’additionnent pas et ne se comparent pas point par point, mais elles vont dans le même sens.
Ce sens, Ongama Mtimka, politiste à l’université Nelson Mandela, lui donne un nom. « La tendance que nous observons en Afrique du Sud est ce que j’ai appelé une fragmentation dynamique. Nous assistons à un recul de la domination de l’ANC sans montée correspondante d’un parti rival capable de lui opposer un vrai défi », a-t-il déclaré en anglais à Daily Maverick. Selon les chiffres de la Social Research Foundation relayés par le même journal, l’électorat noir se répartit désormais entre l’ANC à 36 %, le MK à 24 %, la DA à 13 % et l’EFF à 12 %.
Les municipales se jouent dans les villes, et c’est là que la fragmentation se lit le mieux. À eThekwini, la métropole de Durban, Ipsos donne le MK à 55 % pour sa première élection locale. Au Cap, la DA reste en tête à 46 %, sous la majorité absolue qu’elle détient aujourd’hui. À Tshwane, la capitale administrative, la DA devance l’ANC, 31 % contre 22 %. À Johannesburg, l’ANC mène à 31 % dans une course serrée, avec ActionSA au-dessus de 10 %, comme à Tshwane et à Ekurhuleni.
« Il n’y a pas une seule histoire métropolitaine qui se déroule en Afrique du Sud », résume Mari Harris, analyste politique d’Ipsos, dans le communiqué de l’institut, rédigé en anglais. Elle en tire une conséquence : beaucoup de métropoles se dirigent vers des coalitions, et le choix des partenaires pèsera sur la fourniture des services de base.
La prudence que l’institut réclame porte sur trois villes précises. Ipsos écrit que les résultats de Nelson Mandela Bay, de Buffalo City et de Mangaung doivent être interprétés avec prudence, parce que les échantillons y sont petits. La marge d’erreur maximale y atteint 12,12 points à Nelson Mandela Bay et 15,46 points à Buffalo City et à Mangaung. Or ce sont ces chiffres qui ont nourri l’idée d’un ANC dépassé par la DA dans deux de ses bastions : 33 % contre 29 % à Buffalo City, 36 % contre 32 % à Mangaung, selon les résultats détaillés par Daily Maverick. Un écart de quatre points sous une marge de quinze ne désigne aucun vainqueur.
L’autre institut ne raconte pas la même ville partout. Selon ses chiffres relayés par Daily Maverick, la Social Research Foundation place la DA à 42 % à Tshwane et à Johannesburg, et ne donne le MK qu’à 33 % à eThekwini, loin de la majorité absolue. Dans ces trois villes, l’écart entre les deux enquêtes dépasse dix points.
Reste la participation. Selon Ipsos, entre un cinquième et un quart des électeurs inscrits d’Ekurhuleni, d’eThekwini, de Tshwane et de Buffalo City déclarent qu’ils n’iront pas voter. Le bilan des municipalités sortantes est, lui, documenté. À eThekwini, la municipalité a perdu 58,7 % de son eau sur l’exercice 2024-2025, selon l’Auditeur général cité par Daily Maverick.
L’ANC aborde la campagne sans avoir fini de la préparer. Le parti n’a publié qu’une liste de 42 candidats potentiels pour les huit métropoles, sans désigner ses candidats aux mairies, et il est en conflit avec la Commission électorale après des candidatures non déposées à temps dans des municipalités de l’Eastern Cape : le parti invoque une panne technique, la Commission la conteste et refuse de rouvrir son portail, selon Daily Maverick. Les listes définitives et l’écart entre intentions de vote et participation réelle diront, d’ici au 4 novembre, lesquelles de ces projections tiennent.
Œil d’Afrique



































