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RDC : La Banque centrale veut faire payer loyers et écoles en francs

Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso Nkualoloki, a présenté le 9 octobre à Kolwezi un projet de réforme de la réglementation du change. Les loyers résidentiels, les frais scolaires et académiques, les soins de santé, l’eau et l’électricité se régleraient exclusivement en francs congolais, et les recettes minières devraient revenir plus vite dans les banques du pays.

Façade du siège de la Banque centrale du Congo à Kinshasa, institution qui prépare la réforme de la réglementation du change
Alfani Franck · CC BY-SA 4.0

Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso Nkualoloki, a présenté le 9 octobre à Kolwezi un projet de réforme de la réglementation du change. Les loyers résidentiels, les frais scolaires et académiques, les soins de santé, l’eau et l’électricité se régleraient exclusivement en francs congolais, et les recettes minières devraient revenir plus vite dans les banques du pays.

Le gouverneur l’a exposé dans le chef-lieu du Lualaba, province du cuivre et du cobalt, devant la Fédération des entreprises du Congo, la Chambre des mines et l’Association congolaise des banques. Il l’a décrit comme une réforme « que nous entendons soumettre à votre appréciation ». Le texte n’est donc pas encore en vigueur.

Son point de départ est un chiffre. À fin septembre 2026, 87,6 % des dépôts bancaires congolais étaient libellés en devises, contre 12,4 % en francs congolais, selon le gouverneur. « Cette configuration limite la portée des instruments de politique monétaire et entretient une dépendance structurelle à l’égard des devises étrangères », a-t-il déclaré. La veille, au même endroit, le Comité de politique monétaire avait maintenu le taux directeur à 12,5 %. Ce taux agit d’abord sur la monnaie nationale, qui ne pèse qu’un dépôt sur huit.

Le deuxième chiffre vise les mines. De 2023 à 2025, la RDC a exporté pour 93,2 milliards de dollars. Les déclarations de rapatriement des recettes d’exportation ont porté sur 54,4 milliards. Les dépôts en devises dans les banques congolaises n’ont augmenté, eux, que de 3,8 milliards de dollars, soit 7 % des sommes déclarées rapatriées.

« 93 milliards exportés, 54 milliards rapatriés et 3,8 milliards de dépôts au sein du système bancaire », a résumé André Wameso Nkualoloki, avant de juger la situation « intenable à long terme ».

La réforme révise la réglementation du change de 2014, pour l’accorder au Code minier de 2018. Le projet fixe un délai général de 60 jours, à compter de la sortie des marchandises du territoire, pour rapatrier les recettes d’exportation. Ce délai tombe à 20 jours pour l’or et le diamant de production artisanale. Les titulaires de droits miniers devraient encaisser 60 % de leurs recettes auprès d’une banque congolaise, dans les 15 jours suivant leur arrivée sur le compte principal ouvert à l’étranger. Ces comptes à l’étranger seraient soumis à un suivi renforcé.

La sous-traitance minière est la deuxième cible. Les contrats concernés seraient exécutés et réglés en francs congolais, avec des exigences de justification économique et de déclaration. Les fonds rapatriés ne pourraient plus repartir aussi librement vers certains paiements internationaux, y compris quand ils transitent par des sociétés affiliées.

Le volet qui concerne tout le monde est le troisième. Le projet prévoit « le règlement exclusif en monnaie nationale de certaines dépenses courantes, telles que les loyers résidentiels, les frais scolaires et académiques, les soins de santé ainsi que les services domestiques d’eau et d’électricité », selon les mots du gouverneur. Au taux indicatif publié par la Banque centrale le 13 octobre, 2 261,67 francs pour un dollar, un loyer de 300 dollars équivaut à 678 501 francs congolais.

Le gouverneur a lui-même anticipé les objections des entreprises, sur leur trésorerie, leurs contrats et leurs financements internationaux.

« La Banque centrale du Congo n’entend pas opposer l’intérêt national aux intérêts légitimes des investisseurs, ni fragiliser un secteur qui contribue de manière déterminante à la croissance économique, à l’emploi, aux exportations et aux recettes publiques », a-t-il assuré.

Le vice-gouverneur du Lualaba, Clément Mufundji Tshinat Karl, a dit soutenir une mise en œuvre qui renforce la traçabilité. Il a aussi posé ses conditions : le recours accru au franc congolais doit s’accompagner de « clarté des contrats, prévisibilité des règlements, disponibilité des moyens de paiement et maîtrise des risques de change ».

La Banque centrale avance déjà sur un autre front. Un règlement signé le 17 août 2026 l’autorise à exporter de l’or acheté sur le territoire national pour le faire affiner et le conserver à l’étranger, au titre des réserves officielles de change. À fin juillet, environ 2,5 tonnes d’or avaient été acquises, pour un objectif de 5 tonnes à fin décembre, selon le gouverneur. Les réserves internationales atteignaient 7,8 milliards de dollars à fin septembre, environ trois mois d’importations.

Reste le texte final. Ce que la réforme changera pour un locataire de Kinshasa ou un parent d’élève de Lubumbashi dépendra du texte définitif et de la tenue du franc face au dollar. C’est la condition posée à Kolwezi par le vice-gouverneur du Lualaba : payer en francs suppose de pouvoir compter sur leur valeur.

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