Le Comité de politique monétaire de la BCEAO a maintenu le 9 septembre 2026 à Dakar son principal taux directeur à 3 %, niveau inchangé depuis le 16 mars. Deux jours plus tard, l’État sénégalais levait 101,339 milliards de francs CFA sur le marché régional en payant entre 7,75 % et 7,89 % selon les échéances. L’écart entre le loyer de l’argent que fixe la banque centrale et celui que paient réellement les Trésors de l’Union est le sujet de la semaine.
Trois taux, aucun mouvement
Réuni le mercredi 9 septembre à Dakar sous la présidence du gouverneur Jean-Claude Kassi Brou, le Comité de politique monétaire n’a bougé aucun de ses trois leviers. Le principal taux directeur, celui auquel la banque centrale prête ses ressources aux banques lors des appels d’offres hebdomadaires, reste à 3,00 %. Le taux du guichet de prêt marginal reste à 5,00 %. Le coefficient des réserves obligatoires applicable aux établissements assujettis de l’Union reste à 3,00 %.
La date de référence compte autant que le chiffre : ces niveaux sont en vigueur depuis le 16 mars 2026. Le Comité estime que les conditions monétaires actuelles restent compatibles avec la dynamique de l’activité économique et l’objectif de stabilité des prix. Six mois de stabilité, dans une Union dont la croissance est estimée à 6,0 % en glissement annuel au deuxième trimestre après 6,1 % au premier, et attendue autour de 6,1 % sur l’ensemble de 2026.
Une moyenne annuelle à 1 %, des relevés mensuels à 1,7 %
Sur l’inflation, deux chiffres également justes racontent deux choses différentes. La BCEAO projette une inflation moyenne de 1,0 % sur l’année 2026, après 0 % en 2025. Mais le profil mensuel monte : après ‑0,2 % au premier trimestre et +0,4 % au deuxième, le glissement annuel atteint 1,2 % en juillet, puis 1,7 % en août.
Les deux séries ne se contredisent pas. Une moyenne annuelle de 1 % avec un premier semestre proche de zéro suppose arithmétiquement un second semestre autour de 2 % : la projection intègre l’accélération plutôt qu’elle ne l’ignore. Ce que la moyenne masque, c’est la pente. En deux mois, le rythme des prix a quadruplé par rapport au deuxième trimestre.
La banque centrale l’attribue au transport, sous l’effet du relèvement des prix des produits pétroliers, au logement, et à certains produits alimentaires, viandes, poissons et légumes. Elle signale un risque haussier lié aux tensions au Moyen-Orient. Le crédit au secteur privé progressait de 6,6 % en juin contre 6,0 % en mars, et les réserves de change se sont renforcées sous l’effet de la valeur des exportations d’or, de coton, de cacao et de pétrole.
Deux jours plus tard, Dakar paie près de huit pour cent
Le vendredi 11 septembre, la Direction générale des financements et de la dette du Sénégal a mobilisé 101,339 milliards de francs CFA auprès des investisseurs du marché financier de l’UEMOA, par adjudication simultanée de bons et d’obligations du Trésor organisée avec UMOA-Titres.
Les chiffres de l’opération méritent d’être lus ensemble. La mise en adjudication portait sur 100 milliards. Les soumissions ont atteint 109,018 milliards, soit un taux de couverture de 109,02 %. Le Trésor a retenu 101,339 milliards et écarté 7,679 milliards, ce qui porte le taux d’absorption à 92,96 %.
Les rendements accordés sont les suivants : 7,87 % pour les bons du Trésor à 364 jours, remboursables le premier jour ouvré suivant le 12 septembre 2027 ; 7,75 % pour les obligations à trois ans, échéance du 14 septembre 2029, assorties d’un coupon annuel de 6,30 % ; 7,89 % pour les obligations à cinq ans, échéance du 14 septembre 2031, coupon annuel de 6,45 %.
Pourquoi 3 % et 7,87 % ne se comparent pas — et ce que l’écart dit quand même
Mettre ces deux taux côte à côte sans précaution serait une faute de méthode, et il vaut mieux l’écrire que la commettre. Le taux de 3 % est le prix auquel la banque centrale prête des liquidités à court terme aux banques commerciales, contre garanties. Celui de 7,87 % est ce qu’exigent des investisseurs pour détenir du papier souverain pendant un à cinq ans. L’écart contient une prime de durée et une prime de risque : il ne mesure pas une anomalie, mais une distance normale entre deux instruments.
La distance est néanmoins de près de cinq points, et elle a un effet sur l’endroit où va l’argent. Un système bancaire qui se refinance à 3 % et trouve du papier d’État rémunéré près de 7,8 % dispose d’un rendement confortable sans quitter la signature souveraine de sa propre zone monétaire. La question de la semaine n’est donc pas le niveau du taux directeur, c’est sa destination : un loyer de l’argent bas et stable finance-t-il l’investissement productif, ou d’abord la trésorerie des États ?
Les chiffres de la BCEAO donnent un élément de réponse partiel. Le crédit au secteur privé progresse de 6,6 % quand le produit intérieur brut de l’Union progresse de 6,1 %. Dans une zone qui croît à ce rythme, un crédit privé qui avance à peine plus vite que l’activité ne signale pas un financement abondant de l’économie réelle.
Le cas sénégalais ajoute une ligne au dossier
Cette levée n’est pas une opération de routine, en raison de ce qui la précède d’une semaine. Le 4 septembre 2026, Standard & Poor’s a abaissé la note souveraine du Sénégal en devises de « CCC+ » à « CC » et celle de sa dette en monnaie locale de « CCC+ » à « CCC », les deux assorties d’une perspective négative. L’agence avait alors prévenu qu’une nouvelle dégradation interviendrait dans les six mois si le traitement de la dette venait à s’étendre aux titres libellés en franc CFA.
Or c’est exactement sur ce compartiment, le marché régional en franc CFA, que Dakar est venu emprunter le 11 septembre. Le taux de couverture de 109,02 % indique que les investisseurs de la place ont répondu au-delà du montant recherché. Le taux d’absorption de 92,96 % indique que le Trésor a refusé une partie des offres, donc qu’il n’a pas pris l’argent à n’importe quel prix.
Ce qu’il faut suivre tient en trois points, et aucun ne se tranche aujourd’hui : les relevés mensuels d’inflation des instituts nationaux de statistique, qui diront si la pente d’août se prolonge ; la prochaine réunion du Comité de politique monétaire, qui dira si six mois de stabilité en font sept ; et le périmètre exact du traitement de la dette sénégalaise, qui dira si le marché régional reste le compartiment épargné qu’il a été jusqu’ici.
Œil d’Afrique




































