Le dépôt des candidatures au collège du CNRM, le Conseil national de régulation des médias du Sénégal, se ferme le lundi 5 octobre 2026 à 0 heure. Douze sièges sont à pourvoir dans l’autorité qui doit réguler la presse écrite, la presse en ligne, l’audiovisuel et les plateformes numériques. Tant que ce collège n’est pas installé, c’est l’ancien régulateur, le CNRA, qui exerce, comme le prévoit la loi qui l’a pourtant abrogé.
L’appel a été ouvert le 19 septembre. Les dossiers se déposent uniquement en ligne, en PDF, sur la plateforme sociumjob.com : lettre de motivation, curriculum vitae, diplômes certifiés, références professionnelles et déclaration sur l’honneur. La sélection se fait en deux temps, une présélection sur dossier puis des entretiens devant un comité de recrutement. Les candidats retenus pour la présidence présenteront un projet directorial, les autres un projet de régulation.
Le poste de président exige un Bac+5 et au moins dix ans d’expérience, dont cinq à des fonctions de direction. Les onze autres membres ont des profils fixés par l’article 9 de la loi : un professionnel de l’audiovisuel, un de la presse en ligne, un de la presse écrite, un créateur de contenus, un spécialiste des technologies de l’information, un juriste du droit des médias, un enseignant des universités publiques. S’y ajoutent des représentants des associations féminines, des organisations de défense des droits de l’homme, du Conseil consultatif des jeunes et des associations de personnes handicapées. Pour eux, un master et cinq à sept ans d’expérience selon le poste.
Le texte a été adopté par l’Assemblée nationale le 3 mars 2026 et promulgué le 10 avril sous le numéro 2026-09. Il crée une autorité administrative indépendante, dotée de l’autonomie financière et rattachée à la Présidence de la République. Son champ couvre toute la chaîne de l’information « quels que soient la technologie utilisée et le mode de diffusion », créateurs de contenus et plateformes de partage compris.
Les membres sont nommés par décret à l’issue de l’appel à candidatures, pour trois ans renouvelables une fois. Leur mandat n’est pas révocable, sauf décès, démission, empêchement constaté ou faute lourde. Ils prêtent serment devant la Cour d’appel de Dakar avant d’entrer en fonction.
Les sanctions sont graduées. Un journal ou un site d’information peut être suspendu d’un à deux mois, une chaîne d’un à trois mois. Les amendes vont de 500 000 à 5 millions de francs CFA pour la presse écrite et en ligne, de 2 à 20 millions pour l’audiovisuel. Pour les plateformes numériques internationales, le plancher est de 100 millions de francs CFA, et l’amende peut atteindre 2 % du chiffre d’affaires réalisé au Sénégal.
Le texte voté par les députés allait plus loin. Saisi par des députés, le Conseil constitutionnel a censuré le 7 avril la fermeture d’un journal ou d’un site d’information et la résiliation de la convention d’une chaîne en cas de récidive, ainsi que la fermeture des locaux, jugées « disproportionnées ». Il a aussi posé une réserve sur le recours à la force publique : les agents du CNRM devront se munir d’un mandat délivré par l’autorité judiciaire.
L’article 52 de la loi abroge celle du 4 janvier 2006 qui avait créé le Conseil national de régulation de l’audiovisuel. L’article 51 le maintient pourtant : le CNRA « exerce ses attributions jusqu’à l’installation » du CNRM. Depuis la promulgation, le régulateur de l’audiovisuel a donc continué de travailler. Le 20 mai, il demandait aux chaînes et distributeurs qui comptaient diffuser la Coupe du monde 2026 de lui fournir la preuve de leurs droits avant le 1er juin.
Son président, Mamadou Oumar Ndiaye, nommé en octobre 2024, a lui-même posé la limite de l’exercice. Le 17 septembre à Dakar, lors du lancement d’un guide de riposte à la désinformation des régulateurs africains, il déclarait : « En réalité, quand on voit ce que représente aujourd’hui la régulation en Afrique, on est absolument très loin d’avoir les moyens de réguler les plateformes numériques. » C’est ce champ, TikTok, Facebook et YouTube compris, que la loi confie à son successeur.
Le recrutement est piloté par le Bureau organisation et méthodes, le BOM. Son directeur général, Amadou Lamine Sy, avait annoncé l’appel du CNRM dans une note publiée le 12 septembre, au milieu d’une série : le collège de l’OFNAC, l’office anticorruption, avec douze membres, celui de l’ARTP, le régulateur des télécoms, avec sept, puis la direction générale de la Caisse des dépôts et consignations.
Pour la presse sénégalaise, la question pratique se pose dès lundi. Une radio ou une télévision relève encore d’un régulateur dont la loi fondatrice est abrogée. Un journal, un site d’information ou un créateur de contenus attend l’autorité qui doit désormais les réguler, et dont aucun membre n’est connu. La loi ne fixe aucun délai pour la présélection, les entretiens ni le décret de nomination.
Œil d’Afrique







































