Le Gabon a dépensé 30 milliards de francs CFA en septembre 2026 pour maintenir le prix du carburant à la pompe. Le chiffre figure dans le communiqué final du Conseil des ministres du 8 octobre. Un seul mois de subvention des carburants a coûté deux fois et demie l’enveloppe de toute l’année inscrite dans la loi de finances initiale, et plus de la moitié de celle de la loi rectificative.
Le communiqué retrace la courbe. Avant la guerre en Ukraine, le mécanisme de stabilisation des prix coûtait à l’État entre 7 et 9 milliards de francs CFA par mois. Il est monté à 15 milliards pendant cette crise. En septembre, « sous l’effet de la crise au Moyen-Orient », il a atteint 30 milliards. La facture mensuelle a été multipliée par plus de trois depuis 2022.
Le budget, lui, n’avait pas prévu cette trajectoire. La loi de finances initiale 2026 inscrivait 12 milliards de francs CFA pour la subvention des carburants. Lors de son examen, Sosthène Nguema Nguema, alors ministre du Pétrole, avait annoncé la fin du dispositif. La loi de finances rectificative a finalement porté l’enveloppe à 55,3 milliards. Septembre a consommé à lui seul 54 % de cette somme.
Le Conseil des ministres s’est tenu au sortir d’une pénurie que le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a qualifiée de « grave ». Le 7 octobre, il a réuni les acteurs du secteur. Le lendemain, selon le communiqué, des navires étaient à quai et les livraisons aux stations-service avaient repris, avec un retour à la normale annoncé comme progressif. Le chef de l’État a aussi dénoncé la revente illicite de carburant « à des prix exorbitants » pendant la crise et demandé au ministre du Pétrole et du Gaz de faire intervenir les services de contrôle.
Le gouvernement attribue la pénurie aux perturbations du détroit d’Ormuz, qui pèsent sur la disponibilité et le prix des produits pétroliers, les fournisseurs privilégiant les destinations les mieux payées. Mais le communiqué refuse d’en rester là : ces contraintes extérieures « ne sauraient occulter les fragilités structurelles du dispositif national d’approvisionnement ».
Le texte du 8 octobre change de ton sur la subvention. Le gouvernement y reconnaît que le mécanisme fait du Gabon le pays de la sous-région où l’essence, le gasoil et le gaz butane sont les moins chers. Il écrit aussi qu’il « prive toutefois l’État de ressources qui pourraient renforcer ses capacités d’investissement dans la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté ». Le président a invité le gouvernement à engager « une réflexion profonde sur les mécanismes visant à alléger, voire de supprimer à terme » cette charge.
Le communiqué n’annonce ni hausse des prix à la pompe ni calendrier de sortie. Il fixe en revanche une commande précise. Lors d’un prochain Conseil des ministres, le gouvernement doit présenter un programme en trois volets : la modernisation de la Société gabonaise de raffinage (Sogara) à Port-Gentil, le renforcement des stocks de sécurité en produits pétroliers et le lancement sans délai des études d’une nouvelle raffinerie, avec un calendrier d’exécution et un plan de financement.
La question de qui profite de la subvention est déjà posée. La dernière revue des finances publiques du Gabon publiée par la Banque mondiale estime que 96 % du coût des subventions à l’essence et au gasoil bénéficie à la moitié la plus riche de la population. Une subvention au litre aide plus celui qui roule beaucoup que celui qui prend le taxi, et c’est là que se jouera toute réforme : chaque franc retiré à la pompe se retrouve dans le prix de la course, du transport des marchandises et des produits sur les étals.
Le dispositif gabonais tient pour l’instant, et les prix n’ont pas bougé. Mais au rythme de septembre, l’enveloppe annuelle votée pour 2026 couvre moins de deux mois de subvention. La feuille de route attendue au prochain Conseil des ministres dira si Libreville choisit de cibler l’aide ou de continuer à payer le litre pour tout le monde.
Œil d’Afrique






































