Le Ghana annonce la fin du recrutement de Ghanéens par la Russie pour sa guerre en Ukraine. Le samedi 31 octobre 2026, le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a déclaré que Vladimir Poutine avait interdit toute participation de ressortissants ghanéens au conflit, « que ce soit par des recrutements irréguliers ou par l’expression d’un intérêt volontaire ». L’engagement aurait été pris la veille, lors d’un entretien entre le président John Dramani Mahama et le chef de l’État russe, en marge du troisième sommet Russie-Afrique à Moscou.
L’annonce tient en une ligne d’une liste de six engagements publiée par le ministre. Les cinq autres portent sur une centrale nucléaire de 2 000 mégawatts que la Russie aiderait à construire, un nouveau pacte de défense pour doter les forces armées ghanéennes d’« équipements militaires stratégiques », une coopération agricole sur les céréales et les engrais, plus de bourses pour les étudiants ghanéens et la relance de la commission mixte permanente de coopération, dont Moscou doit accueillir la prochaine session dans les semaines qui viennent. L’engagement sur le recrutement n’est connu, pour l’instant, que par l’annonce ghanéenne.
Des départs qui ont décuplé en deux ans
Derrière l’annonce, il y a une courbe. Selon les informations recueillies auprès des autorités ukrainiennes et rendues publiques par le ministre après une visite à Kiev, 17 Ghanéens ont été recrutés en 2023, 53 en 2024 et 202 en 2025. Au total, environ 272 Ghanéens auraient été enrôlés dans la guerre depuis 2022.
Beaucoup ne partaient pas pour combattre. Le 27 juillet, Samuel Okudzeto Ablakwa décrivait des jeunes « attirés par des offres d’emploi trompeuses » puis déployés sur le front. Il avançait alors le chiffre d’environ 55 morts et de deux Ghanéens détenus comme prisonniers de guerre, dont Accra négocie la libération.
En août, après trois jours d’entretiens avec son homologue Sergueï Lavrov, le ministre a revu le bilan à la hausse : 62 Ghanéens sont morts, et 15 autres partis en Russie restent portés disparus. Lavrov soutenait de son côté que les Ghanéens avaient signé des contrats avec le ministère russe de la Défense par solidarité et pour des raisons matérielles et financières. Les autorités russes démentent recruter illégalement des ressortissants africains.
Une promesse déjà faite en août
L’annonce du 31 octobre n’est pas la première. Au sortir des entretiens d’août, Samuel Okudzeto Ablakwa saluait déjà « l’engagement du gouvernement russe à travailler avec le Ghana pour mettre fin à l’enrôlement illégal » des jeunes Ghanéens. Deux mois plus tard, la promesse revient, cette fois portée par Vladimir Poutine lui-même et étendue aux volontaires.
Ce que l’engagement change concrètement reste à écrire. La déclaration ne dit pas ce qu’il advient des Ghanéens déjà sous contrat avec l’armée russe, ni si ceux qui sont au front seront démobilisés et rapatriés. Elle ne décrit aucun mécanisme de contrôle : ni liste transmise à Accra, ni contrôle des agences qui proposent des emplois en Russie, ni procédure pour les familles des 15 disparus. Elle ne dit rien non plus des deux prisonniers détenus en Ukraine.
Un dossier humain dans un paquet stratégique
L’engagement sur les recrutements arrive dans le même paquet qu’un pacte de défense et un projet nucléaire. Le Ghana entretient des relations diplomatiques avec la Russie depuis 1958, et il est aujourd’hui le deuxième pays africain par le nombre d’étudiants en Russie. La centrale de 2 000 mégawatts, présentée comme la relance d’un projet de Kwame Nkrumah interrompu par le coup d’État de 1966, n’a ni site, ni coût, ni calendrier annoncés.
La première épreuve viendra avec la commission mixte que Moscou doit accueillir dans les prochaines semaines. Pour les familles ghanéennes, la mesure de la promesse sera plus simple : savoir si les départs s’arrêtent, et si ceux qui sont partis reviennent.
Œil d’Afrique





































