Le déficit de 2M et de la SNRT atteint 487 millions de dirhams en 2025, alors que l’État a converti 1,1 milliard de créances en capital de 2M et versé 1,5 milliard de concours à la SNRT la même année. Le rapport sur les établissements et entreprises publics annexé au projet de loi de finances 2027 prévoit pire pour 2026 : 463 millions de pertes pour la seule SNRT.
Le document a été établi par le ministère de l’Économie et des Finances et accompagne le budget que le Parlement examine cet automne. Il passe en revue les comptes de toutes les entreprises de l’État. Celles de l’audiovisuel public y apparaissent sous un jour peu flatteur, au moment même où le Maroc regroupe ses chaînes sous une seule maison mère.
Soread-2M, la société qui exploite la deuxième chaîne, a capté en 2025 65,8 % des investissements publicitaires bruts consacrés à la télévision au Maroc. Cette domination ne se retrouve pas dans ses recettes. Son chiffre d’affaires recule de 10 % sur un an, à 375 millions de dirhams, dont 357 millions viennent de la publicité.
La perte nette s’établit à 356 millions de dirhams, contre 360 millions en 2024. Le résultat d’exploitation, lui, est négatif de 303 millions. Le ministère parle d’un « déséquilibre structurel » du modèle économique et financier de la chaîne : 2M dépense chaque année beaucoup plus que ce que la publicité lui rapporte, et sa première place sur ce marché ne suffit plus à combler l’écart.
L’État a donc agi sur le bilan. En 2025, le capital de Soread-2M est passé de 359 millions à 1,461 milliard de dirhams, soit une hausse de 1,102 milliard, réalisée par conversion en capital de créances que l’État détenait sur la société. Aucun dirham n’a changé de main : une dette de la chaîne envers le Trésor est devenue une participation. L’opération assainit les comptes, elle ne crée aucune recette.
Le 24 avril 2026, l’État a transféré l’ensemble de ses participations dans Soread-2M à la Société nationale de radiodiffusion et de télévision (SNRT), qui en est devenue l’actionnaire majoritaire. La SNRT avait déjà repris Medi1 TV et Medi1 Radio en 2024. Le pôle audiovisuel public se construit ainsi autour d’une seule maison mère, avec pour première étape, d’ici 2030, une agence publicitaire unique placée sous la SNRT.
Sur le papier, la SNRT signe une année de redressement. Son chiffre d’affaires bondit de 53 %, de 439 millions de dirhams en 2024 à 672 millions en 2025. Sa perte nette fond de 68 %, de 410 millions à 131 millions. Le déficit d’exploitation passe de 581 millions à 303 millions.
Le rapport donne lui-même l’origine de cette hausse : la taxe pour la promotion du paysage audiovisuel national, dont les recettes atteignent 428 millions de dirhams. Sur ce montant, 155,5 millions correspondent au recouvrement d’arriérés que l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) devait pour les années 2022 à 2024. C’est une rentrée de trois années encaissée en une seule. Sans elle, le chiffre d’affaires de la SNRT aurait été de 516,5 millions de dirhams en 2025, soit une progression de 18 % au lieu de 53 %.
La prévision pour 2026 le confirme. Le ministère attend pour la SNRT un chiffre d’affaires de 624 millions de dirhams, en baisse par rapport à 2025, et une perte nette de 463 millions, plus de trois fois celle de l’année précédente. Le rattrapage ne se répète pas, et le déficit revient.
À côté de ces recettes propres, l’État a versé à la SNRT 1,502 milliard de dirhams de concours financiers en 2025 : subventions d’investissement, dotations en capital et subventions d’exploitation. La SNRT figure ainsi parmi les principaux bénéficiaires des transferts de l’État à ses entreprises publiques, aux côtés de l’ONEE, de l’ONCF et de Royal Air Maroc. Ces transferts budgétaires vers l’ensemble des établissements et entreprises publics ont atteint 72,9 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 19,1 % sur un an.
Pendant ce temps, la SNRT investit moins. Ses investissements tombent à 197 millions de dirhams en 2025, contre 283 millions en 2024. L’essentiel est allé aux équipements audiovisuels, pour 109,7 millions, et au matériel de diffusion télévisuelle, pour 32,2 millions.
Additionnées, les pertes nettes de 2M et de la SNRT font 487 millions de dirhams pour 2025. Additionnés, les 1,102 milliard de créances converties et les 1,502 milliard de concours font 2,6 milliards de dirhams mobilisés par l’État en faveur de ses deux télévisions la même année, sous deux formes différentes.
Le schéma retenu pour le pôle public a sa logique : une régie publicitaire commune, des activités rapprochées, une gouvernance adaptée. Les comptes publiés montrent pour l’instant l’autre face du projet. La maison mère hérite d’une filiale qui perd plus de 350 millions par an, alors que son propre redressement de 2025 tient en grande partie à une recette exceptionnelle.
L’examen du budget 2027 pose une question simple. Avec 463 millions de pertes attendues à la SNRT en 2026, avant même d’y ajouter celles de 2M, combien de temps l’État compte-t-il financer la télévision publique à ce niveau, et contre quels engagements de résultats ?
Œil d’Afrique






































