Sur les neuf premiers mois de 2026, les exportations tunisiennes vers l’Égypte ont bondi de 78,6 % et celles vers l’Arabie saoudite de 52,1 %, mais les ventes au Maroc ont reculé de 22,1 % et celles à l’Algérie de 11 %. En dinars, ce que la Tunisie perd chez ses deux voisins maghrébins pèse plus lourd que ce qu’elle gagne au Caire et à Riyad, d’après les données de l’Institut national de la statistique publiées le 12 octobre.
Le communiqué de l’INS ne donne que des pourcentages pour les partenaires arabes. Le tableau des échanges par pays, publié le même jour, donne les montants, et ils changent la lecture. Les ventes tunisiennes à l’Égypte passent de 150,9 millions de dinars à 269,5 millions entre les neuf premiers mois de 2025 et ceux de 2026. La hausse est spectaculaire en pourcentage, elle pèse 118,6 millions de dinars. L’Égypte reçoit à peine plus de 0,5 % des exportations du pays.
Au Maroc, la baisse est plus petite en pourcentage mais plus grosse en argent. Les ventes tombent de 718,8 à 559,7 millions de dinars, soit 159,1 millions de moins. En Algérie, elles reculent de 1 335,1 à 1 187,8 millions, 147,3 millions de moins. Les deux voisins font perdre ensemble 306,4 millions de dinars aux exportateurs tunisiens, quand l’Égypte et l’Arabie saoudite en rapportent 211,3 millions de plus.
Tous ces chiffres sont des valeurs aux prix courants : une baisse peut venir de quantités moindres comme de prix plus bas, et le tableau par pays ne détaille pas les produits.
Le Maroc passe du côté du déficit
Le cas marocain va plus loin qu’un recul des ventes. Pendant que les exportations tunisiennes vers le Maroc baissaient, les achats tunisiens au Maroc ont presque doublé, de 403,2 à 780 millions de dinars. Sur les neuf premiers mois de 2025, la Tunisie vendait au Maroc pour 315,7 millions de dinars de plus qu’elle ne lui achetait. Sur la même période de 2026, elle lui achète pour 220,2 millions de plus qu’elle ne lui vend. L’excédent commercial avec le Maroc est devenu un déficit en un an.
Avec l’Algérie, la Tunisie était déjà déficitaire, et l’écart se creuse. Les achats montent de 4 475,6 à 5 067,5 millions de dinars, les ventes baissent, et le déficit bilatéral passe de 3 140,5 à 3 879,7 millions. L’Algérie est le cinquième fournisseur de la Tunisie, avec 7,1 % de ses importations selon l’INS.
La Libye, elle, n’a pas bougé côté exportations : 1 800,6 millions de dinars en 2025, 1 801,1 millions en 2026, la « quasi-stabilité » de 0,03 % notée par l’INS. Elle reste de loin le premier client africain de la Tunisie, avec 3,6 % de ses exportations. Les achats à la Libye, eux, ont plus que triplé, de 221,2 à 759,5 millions de dinars.
La base de comparaison compte aussi. Les ventes au Maroc avaient bondi en 2025, de 529,1 à 718,8 millions de dinars sur neuf mois, et celles de 2026 restent au-dessus du niveau de 2024. Pour l’Algérie, les 1 187,8 millions de 2026 ramènent les ventes à leur niveau de 2024, 1 196,8 millions.
Un recul concentré sur le début d’année
Le recul est d’abord celui des cinq premiers mois. À fin mai, l’INS relevait une baisse de 37,7 % des exportations vers le Maroc, de 26 % vers l’Algérie et de 20,5 % vers la Libye, avec une hausse de 110 % vers l’Égypte. En retranchant les montants de fin mai de ceux de fin septembre, les quatre mois de juin à septembre racontent autre chose : les ventes tunisiennes au Maroc y progressent de 6,2 % sur un an, celles à l’Algérie de 14 % et celles à la Libye de 28,4 %. Le décrochage maghrébin s’est produit entre janvier et mai, et l’été ne l’a pas rattrapé. Même de juin à septembre, la Tunisie achète plus au Maroc qu’elle ne lui vend, 355,4 millions de dinars contre 271,1 millions.
Côté égyptien, la hausse des ventes cache un déséquilibre bien plus lourd. Les achats à l’Égypte ont plus que triplé, de 969,8 à 3 036,9 millions de dinars. Le déficit avec ce seul pays atteint 2 767,4 millions de dinars, contre 819 millions un an plus tôt. Pour chaque dinar de marchandises vendu à l’Égypte, la Tunisie en achète plus de onze.
L’Afrique recule, l’Europe progresse
Additionnés, les marchés africains de la Tunisie se contractent. Les exportations vers l’ensemble des pays d’Afrique baissent de 4 992,1 à 4 716 millions de dinars, un recul de 5,5 %, et ne pèsent plus que 9,4 % des ventes tunisiennes. Les importations venues du continent montent dans le même temps de 6 445 à 9 996,1 millions.
L’Union européenne absorbe 70,2 % des exportations tunisiennes, pour 35 386,3 millions de dinars contre 32 622,6 millions un an plus tôt. La France, l’Italie et l’Allemagne progressent de 5,4 %, 5 % et 3,9 %. Au total, les exportations tunisiennes augmentent de 8,6 %, à 50 400 millions de dinars, portées par l’huile d’olive (4 005,7 millions contre 2 915,2) et les produits raffinés. Les importations augmentent plus vite, de 13,1 %, à 71 397 millions. Le déficit commercial atteint 20 997 millions de dinars, contre 16 727 millions un an plus tôt, et le taux de couverture tombe de 73,5 % à 70,6 %.
Ce partage se lit à rebours de l’engagement continental de Tunis. La Tunisie a signé l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine le 21 mars 2018, l’a ratifié par la loi organique du 7 août 2020 et a déposé son instrument de ratification le 27 novembre 2020. Le texte d’application est paru au Journal officiel de la douane tunisienne le 6 avril 2023, et la première exportation tunisienne sous le régime de la ZLECAf est partie le 25 mai 2023, vers le Cameroun. L’accord vise à faire croître le commerce entre pays africains. Trois ans plus tard, sur neuf mois, les ventes tunisiennes progressent en Europe et baissent en Afrique, et les deux plus fortes baisses en dinars touchent les voisins du Maghreb.
Le prochain relevé de l’INS, celui des dix premiers mois, dira si la reprise de l’été vers le Maroc et l’Algérie tient. Il dira aussi si la Tunisie reste déficitaire face au Maroc, ce qui n’était le cas ni en 2024 ni en 2025 sur les neuf premiers mois.
Œil d’Afrique






































