Sur 97 organisations qui mettent en œuvre la riposte contre Ebola en RDC, 25 seulement ont fourni au gouvernement les justificatifs demandés et peuvent prétendre à l’accréditation, a annoncé le jeudi 15 octobre le ministre de la Santé publique, Roger Samuel Kamba. Les autres ne peuvent plus se déployer sur le terrain. La veille, à Kinshasa, Africa CDC chiffrait à plus de 700 millions de dollars la part des fonds Ebola versés par les bailleurs dont les autorités congolaises ne savent rien.
« Ne peut se déployer sur le terrain que celui qui détient une accréditation », a résumé le ministre. La mesure découle d’une décision de la Première ministre. Pour être accréditée, une organisation doit montrer ce qu’elle a reçu et à quoi l’argent a servi.
Le calcul de départ vient de l’agence de santé publique de l’Union africaine. Lors d’une conférence de presse le mercredi 14 octobre, son directeur général, le Congolais Jean Kaseya, a indiqué que les donateurs internationaux avaient décaissé près de 962 millions de dollars pour la riposte. Cet argent n’est pas passé par l’État : il a été versé directement à des agences internationales et à des ONG chargées de mettre en œuvre les activités, précise le communiqué publié le lendemain par Africa CDC. Le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, l’a répété : les fonds Ebola promis ou décaissés par les bailleurs n’entrent pas au Trésor public.
L’écart est apparu lors d’une réunion de rapprochement organisée par l’Institut national de santé publique (INSP), avec le directeur pays d’Africa CDC, Hyppolite Kalambay. Seules 30 % des organisations concernées y ont participé. Elles ont déclaré environ 220 millions de dollars reçus, dont 120 millions dépensés et 100 millions encore disponibles. « Sur les 962 millions USD décaissés par les donateurs, plus de 700 millions USD demeurent inconnus des autorités nationales de la RDC », écrit l’agence, qui parle d’un « déficit majeur de transparence ».
Les montants changent d’une déclaration à l’autre. Le 2 octobre, le directeur général de l’INSP, Dieudonné Mwamba, comptait environ 94 partenaires accrédités, dont 25 avaient renseigné les fonds reçus : 226,344 millions de dollars perçus sur quelque 260 millions d’engagements, 127,374 millions dépensés, un solde de 89,326 millions. Dans un entretien accordé à Actualité.cd, Jean Kaseya parle de 228 millions connus du gouvernement, dont 127 millions utilisés. Le communiqué d’Africa CDC retient 220 millions. Quelle que soit la base, la différence avec les 962 millions décaissés dépasse 700 millions de dollars.
Un chiffre, lui, ne varie pas : 25 partenaires sur 94 le 2 octobre, 25 structures sur 97 le 15 octobre. En deux semaines, le nombre d’organisations en règle n’a pas bougé, alors que le ministre de la Santé avait annoncé des courriers à chaque partenaire et le retrait d’accréditation pour ceux qui ne répondraient pas.
Jean Kaseya pèse ses mots. « Pour le moment, je considère que c’est une gestion floue. Je ne parle pas encore de détournement », a-t-il dit, renvoyant à la fin de la vérification une éventuelle qualification plus grave. Plus de 462 millions des 962 millions viennent des États-Unis, qui lui ont promis la liste de chaque partenaire bénéficiaire de chaque dollar américain. « Pour la première fois en Afrique, nous allons publier un rapport indiquant où est parti chaque montant », promet-il.
Le communiqué d’Africa CDC va au-delà de la RDC. L’agence soutiendra les mesures que le gouvernement congolais jugera nécessaires, « jusqu’à la suspension ou au retrait » de l’accréditation des organisations récalcitrantes, et pourra transmettre leurs noms aux autorités des autres pays africains. Jean Kaseya parle d’une « liste noire africaine » : le partenaire qui refusera de donner l’information perdra son accréditation, et son nom sera transmis à tous les pays du continent.
L’enjeu dépasse la comptabilité. La riposte en cours est la dix-septième épidémie d’Ebola en RDC, déclarée le 15 mai en Ituri, et elle s’étend sur plusieurs provinces de l’Est. Jean Kaseya rapporte que, dans certaines zones touchées, la mortalité maternelle a augmenté de plus de 75 % et la vaccination a reculé de plus de 38 %. Il dit ne pas accepter que des médecins et des infirmiers travaillent encore sans matériel de protection, au moment où les professionnels de santé des hôpitaux publics de Kinshasa sont en grève depuis le 15 octobre.
Début octobre, Roger Samuel Kamba avait assuré que les 50 millions de dollars mobilisés par l’État ont été utilisés « de manière transparente », dépenses détaillées dans un rapport transmis à la Première ministre. Il reprochait au flou entourant l’argent des partenaires de compliquer les discussions avec le Fonds monétaire international sur les appuis budgétaires.
Les engagements des bailleurs sont passés de 1,6 milliard de dollars en juin à 3,045 milliards après une réunion élargie du G20 en septembre, selon Jean Kaseya. Les nouveaux décaissements commencent à peine, dont plus de 300 millions de dollars annoncés par Washington. Pour les 72 structures sans accréditation, le retour sur le terrain dépend désormais des comptes qu’elles rendront au gouvernement.
Œil d’Afrique






































