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Ebola en RDC : 4 018 morts, Kinshasa exige des comptes des 97 partenaires de la riposte

L’épidémie d’Ebola en RDC a franchi le seuil des 4 000 morts : 4 018 décès pour 8 300 cas confirmés, selon le bilan présenté le vendredi 2 octobre à Kinshasa par l’Institut national de santé publique (INSP). Le même jour, le ministre de la Santé, Roger Samuel Kamba, a annoncé que seuls 25 % des 97 partenaires de la riposte avaient justifié les fonds reçus, et que les autres pourraient perdre leur accréditation.

Le ministre de la Santé Roger Samuel Kamba à Kinshasa, qui exige des comptes des partenaires de la riposte contre Ebola en RDC
Hardy Bope / Union européenne · CC BY 4.0

L’épidémie d’Ebola en RDC a franchi le seuil des 4 000 morts : 4 018 décès pour 8 300 cas confirmés, selon le bilan présenté le vendredi 2 octobre à Kinshasa par l’Institut national de santé publique (INSP). Le même jour, le ministre de la Santé, Roger Samuel Kamba, a annoncé que seuls 25 % des 97 partenaires de la riposte avaient justifié les fonds reçus, et que les autres pourraient perdre leur accréditation.

Le taux de létalité reste de 48,4 %, comme au début de septembre : près d’un malade confirmé sur deux meurt. Le 10 septembre, l’INSP comptait 3 398 décès. Il en a enregistré 620 de plus en trois semaines. L’épidémie, due à la souche Bundibugyo et déclarée le 15 mai, touche sept provinces et 63 zones de santé, de l’Ituri, qui reste le premier foyer, jusqu’au Sud-Ubangi, à l’ouest du pays.

Le bilan de l’INSP compte aussi 2 162 personnes guéries, 842 patients en isolement ou hospitalisés, et un taux de suivi des contacts de 80,6 %. Au 23 septembre, l’Organisation mondiale de la santé relevait 83,4 %. Près d’un contact sur cinq échappe donc chaque jour aux équipes de suivi.

Mutwanga, le 2 octobre

Le même vendredi, dans la zone de santé rurale de Mutwanga, au pied du Ruwenzori, dans le territoire de Beni, deux femmes ont quitté le centre de traitement d’Ebola de l’hôpital général de référence sous les applaudissements. Wasingya Sabuni et Kavugho Syayisoghola y avaient passé 22 et 28 jours. Le médecin-chef de zone, le Dr Germain Kamaliro, leur a remis leurs certificats de sortie.

« Celui qui arrive rapidement à l’hôpital peut aussi guérir rapidement », a dit l’une d’elles à la communauté venue les accueillir. La zone de Mutwanga a enregistré 15 cas confirmés depuis le début de l’épidémie, dont quatre décès. À Beni, dix autres patients sont sortis guéris le même jour des centres tenus par International Medical Corps et Médecins sans frontières.

C’est à ce niveau que l’argent de la riposte se mesure : un lit de centre de traitement, une équipe qui suit les contacts, une ambulance qui arrive avant que le malade ne meure chez lui. L’OMS note que la part élevée des décès survenus dans les communautés, hors des centres, traduit des retards de détection et d’accès aux soins.

L’argent promis, l’argent dépensé

Le gouvernement et ses partenaires ont lancé le 4 septembre un plan révisé de 180 jours, dont l’OMS estimait le coût à 1,3 milliard de dollars. Le 23 septembre à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, une réunion des ministres des Affaires étrangères du G20+ convoquée par les États-Unis a porté les engagements à environ 2,9 milliards de dollars depuis la déclaration de l’épidémie, selon le décompte publié le lendemain par Africa CDC. Les États-Unis en annoncent à eux seuls 886 millions.

Le 2 octobre, le directeur général de l’INSP, Dieudonné Mwamba, a présenté un plan de préparation et de réponse couvrant les 180 prochains jours, chiffré à 1,2 milliard de dollars. Il a demandé aux partenaires de préciser ce qu’ils engagent et ce qu’ils dépenseront.

« Il faudra aussi que nous puissions poursuivre le même exercice, à savoir quels seront les engagements des uns et des autres et surtout qu’est-ce qui sera dépensé et sur quelle quantité », a déclaré Dieudonné Mwamba, qui parle d’un « exercice de transparence et de redevabilité ».

Le ministre de la Santé a donné les chiffres du premier plan, établi sur trois mois. Environ 227 millions de dollars y ont été mobilisés, dont près de 99 millions resteraient non utilisés par les partenaires, selon lui. L’État dit avoir engagé 50 millions de dollars sur son propre budget et les avoir dépensés « de manière transparente », avec un rapport remis à la Première ministre Judith Suminwa Tuluka.

Une accréditation contre un formulaire

La mesure annoncée par Roger Samuel Kamba est administrative. Chaque organisation devra remplir un formulaire indiquant les montants reçus, leur provenance et les activités financées. Sans lui, pas d’accréditation, et sans accréditation, pas d’accès au terrain. Le ministre dit agir sur instruction du président Félix Tshisekedi, transmise par la Première ministre.

« Désormais, aucun partenaire n’ira sur le terrain sans accréditation », a-t-il déclaré. Les organisations déjà déployées devront remplir le même formulaire, faute de quoi leur accréditation sera retirée et la Direction générale de migration pourra intervenir.

Le ministre a lui-même dit ce que ce flou coûte à l’État. Les engagements affichés pèsent dans les discussions avec le Fonds monétaire international sur les appuis budgétaires. « Quand on dit qu’on a mobilisé un milliard de dollars, des partenaires comme le FMI peuvent nous demander pourquoi ils devraient encore nous accorder des aides budgétaires », a-t-il expliqué, avant d’ajouter qu’au moment de demander qui a reçu quoi, « nous entrons dans une phase complètement floue ».

Kinshasa n’est pas seul à le dire. Au lendemain de la réunion de New York, le directeur général d’Africa CDC, le Dr Jean Kaseya, prévenait que les promesses ne suffiraient pas à arrêter l’épidémie. « Nous devons être en mesure de retracer chaque dollar », déclarait-il dans le communiqué de l’agence, de l’engagement au décaissement, puis du partenaire à la dépense. L’agence de santé de l’Union africaine annonce un mécanisme de suivi financier, conduit avec le gouvernement congolais et l’OMS.

Quatre chiffres qui ne s’additionnent pas

Les 2,9 milliards promis, le 1,3 milliard du plan de septembre, le 1,2 milliard présenté le 2 octobre et les 227 millions du premier plan ne mesurent pas la même chose. Les uns sont des engagements, qui comprennent de l’aide en nature et des activités en Ouganda et dans la région, les autres des besoins chiffrés ou des fonds réellement mobilisés.

C’est la chaîne complète que le formulaire du ministère doit reconstituer : qui a promis, qui a versé, qui a reçu, qui a dépensé, et pour quoi. Il faudra aussi savoir si le plan du 2 octobre remplace celui du 4 septembre ou s’y ajoute. Les premiers formulaires diront si les 99 millions non utilisés dorment sur des comptes, financent des activités non déclarées ou n’ont jamais été versés. D’ici là, les centres de traitement du Nord-Kivu et de l’Ituri continuent d’admettre des malades.

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