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    Commerce intra-africain : pendant que l’Occident s’agite, les accords Sud-Sud avancent

    Gazoduc Nigeria-Maroc
    Gazoduc Nigeria-Maroc

    Gazoduc Nigeria-Maroc, forum Biashara Afrika à Lomé dans deux jours, milliardaire tanzanien qui veut concurrencer Coca-Cola au Kenya : en mai 2026, plusieurs signaux montrent que les partenariats entre pays africains prennent de la consistance, loin du bruit des relations Nord-Sud.

    Le commerce entre pays africains ne représente que 15 % des exportations totales du continent. Contre 60 % dans l’Union européenne, 30 % en Asie. Le chiffre est connu, souvent cité, rarement contesté. Ce qui change, c’est que des acteurs africains ont décidé de ne plus s’en accommoder.

    Le Nigeria et le Maroc ont fixé au quatrième trimestre 2026 l’échéance pour la signature d’un accord intergouvernemental destiné à formaliser le gazoduc atlantique africain. Ce projet d’infrastructure, qui traverserait plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest pour relier les réserves gazières nigérianes aux marchés marocains et européens, est suivi depuis des années. La différence aujourd’hui : une date est posée, et les deux capitales parlent aussi d’autre chose. Les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération agricole dans la production et la distribution d’engrais, ainsi que sur la relance du Conseil d’affaires Nigeria-Maroc, qui s’appuierait sur les mécanismes de la ZLECAf. Un accord énergétique qui se double d’une ambition commerciale bilatérale plus large : c’est le schéma des accords Sud-Sud qui mûrissent.

    Dans un autre registre, le milliardaire tanzanien Mohammed «Mo» Dewji a annoncé en marge du sommet Africa Forward à Nairobi son intention d’investir 50 millions de dollars pour concurrencer Coca-Cola sur le marché kényan des sodas. L’anecdote est révélatrice. Le Kenya est l’un des marchés de boissons les plus importants au sud du Sahara, et plusieurs acteurs ont tenté sans succès de briser l’hégémonie du géant américain ces dernières décennies. Qu’un entrepreneur africain s’y attaque avec 50 millions de dollars, en public, depuis un forum continental, dit quelque chose sur la confiance qui se construit.

    Du 18 au 20 mai, c’est Lomé qui prendra le relais. La troisième édition de Biashara Afrika, forum panafricain dédié au commerce et à l’investissement intra-africains, organisé par le Secrétariat de la ZLECAf et le gouvernement togolais, réunira près de 1 000 participants, chefs d’État, investisseurs, entrepreneurs et experts. Après Johannesburg et Kigali, le Togo prend le flambeau. Lomé entend s’imposer comme un centre de l’intégration commerciale du continent, et non plus seulement comme un poumon portuaire de l’Afrique de l’Ouest.

    Le ministre togolais de l’Économie Badanam Patoki a dit sans détour ce que beaucoup d’officiels africains évitent : «Nombre d’opérateurs économiques africains ne disposent pas encore d’une connaissance suffisante des opportunités offertes par la ZLECAf», a-t-il déclaré lors du lancement des préparatifs. La zone de libre-échange existe sur le papier depuis 2021. Elle peine encore à exister dans les pratiques douanières, les chaînes de financement, les habitudes des PME. Selon les projections de la Commission économique pour l’Afrique, la ZLECAf pourrait accroître le commerce intra-africain de 45 % et augmenter le PIB continental de 1,2 % d’ici 2045. Mais ces projections dépendent d’une appropriation réelle par les acteurs économiques, pas d’une ratification de plus.

    Ce qui se dessine en 2026 n’est pas une révolution. C’est un ajustement progressif de posture : des capitales africaines qui négocient entre elles sans attendre l’aval d’un bailleur extérieur, des entrepreneurs qui ciblent des marchés africains avec leurs propres capitaux, des forums qui déplacent leurs sièges de Davos à Lomé. La ZLECAf est l’instrument. Les accords bilatéraux comme celui du Nigeria et du Maroc en sont les raccourcis pratiques. Les deux bougent en parallèle, et c’est précisément ce qui rend la dynamique de cette période différente des précédentes.

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