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Kenya : les universités publiques en grève, onze mois après l’accord qui devait éviter la suivante

Les enseignants et les personnels des universités publiques kényanes ont cessé le travail à minuit, dans la nuit du jeudi 1er au vendredi 2 octobre 2026. Les trois syndicats du secteur, l’UASU pour les enseignants, le KUSU pour les personnels administratifs et le KUDHEIHA pour les personnels d’appui, ont rejeté en bloc la dernière offre des employeurs sur la convention collective 2025-2029, au terme d’une séance de négociation tenue à l’université de Machakos. Il y a onze mois, le 5 novembre 2025, les mêmes syndicats suspendaient une grève de 49 jours en signant un protocole de reprise censé ouvrir cette négociation dans les trente jours.

Entrée de l'université de Machakos, au Kenya, lieu des négociations rompues avant la grève des universités publiques
Giovanni Cerretani · CC BY-SA 4.0

Les enseignants et les personnels des universités publiques kényanes ont cessé le travail à minuit, dans la nuit du jeudi 1er au vendredi 2 octobre 2026. Les trois syndicats du secteur, l’UASU pour les enseignants, le KUSU pour les personnels administratifs et le KUDHEIHA pour les personnels d’appui, ont rejeté en bloc la dernière offre des employeurs sur la convention collective 2025-2029, au terme d’une séance de négociation tenue à l’université de Machakos. Il y a onze mois, le 5 novembre 2025, les mêmes syndicats suspendaient une grève de 49 jours en signant un protocole de reprise censé ouvrir cette négociation dans les trente jours.

Le communiqué commun du 1er octobre, signé par le secrétaire général de l’UASU, Constantine Wasonga Opiyo, et par celui du KUSU, Charles Mukwaya, déclare l’offre « inacceptable dans sa totalité ». Il vise d’abord l’augmentation annuelle automatique de 4 % proposée, qu’il juge « bien en dessous des taux d’inflation en vigueur, qui dépassent 6 % ». Le chiffre officiel leur donne raison sur ce point : selon le Kenya National Bureau of Statistics, l’inflation annuelle a atteint 6,8 % en septembre 2026, et 9,5 % sur l’alimentation.

Les recommandations que l’Inter-Public Universities Councils Consultative Forum (IPUCCF), qui rassemble les conseils d’université, a transmises à la Salaries and Remuneration Commission, l’organe qui encadre les rémunérations publiques, portent sur le salaire de base. Elles prévoient une hausse de 2 % par an sur les quatre années de la convention, soit 8,25 % cumulés. Le forum avait examiné trois options. La plus généreuse, 3 % par an pour tous les grades, aurait donné 12,56 %. Il a retenu la plus basse. L’allocation logement, gelée depuis la convention 2010-2013, serait relevée de 3 %.

Les demandes syndicales se situent sur une autre échelle. L’UASU réclame des hausses de salaire de base de 36 à 68 % selon les grades, le KUSU de 36 à 113 %, le KUDHEIHA de 75 à 193 %.

Le salaire n’est pas le seul point de rupture. Les syndicats refusent une couverture médicale qu’ils disent inférieure à celle des fonctionnaires de grade équivalent, et reprochent à l’offre de ne rien prévoir pour recruter des enseignants alors que les effectifs étudiants des universités publiques augmentent. Ils invoquent aussi la convention 2021-2025, enregistrée, qui prévoyait l’harmonisation de toutes les indemnités dans le cycle suivant : l’offre, selon eux, l’ignore.

Le 19 septembre, devant la presse, Constantine Wasonga avait posé une question qui dit le fond du conflit. Une partie des salaires dépend aujourd’hui des frais de scolarité versés par les étudiants, selon le principe que l’argent « suit l’étudiant ». « Si les étudiants ne paient pas leurs frais, comme ils ne les ont pas payés aujourd’hui, qu’adviendra-t-il de nos salaires ? » a-t-il demandé. L’UASU veut que les enseignants soient payés sur les fonds du Trésor, comme le reste de la fonction publique.

La grève précédente avait duré du 17 septembre au 5 novembre 2025. Elle portait sur les arriérés des conventions 2017-2021 et 2021-2025 et sur des augmentations jamais appliquées. Le protocole de reprise prévoyait d’engager la négociation 2025-2029 dans les trente jours. Les syndicats accusent les conseils d’université, le ministère de l’Éducation et le Trésor de ne pas l’avoir respecté, et dénoncent une convention en retard de près d’un an. Le 24 septembre, l’UASU a rendu public un préavis de sept jours. La dernière contre-offre des employeurs, présentée à Machakos, a été rejetée le 1er octobre.

Avant le déclenchement de la grève, le président William Ruto avait promis, à Mombasa, de discuter avec les enseignants. « Ce qu’ils nous demandent ne date pas d’aujourd’hui. Ils nous parlent de choses qui se sont passées en 2017 », a-t-il déclaré, avant d’ajouter qu’il les réglerait, « parce que c’est moi qui suis là maintenant ».

« Les trois syndicats appellent leurs membres à cesser le travail jusqu’à satisfaction totale de leurs revendications », conclut le communiqué. La grève tombe au début du premier semestre de l’année universitaire 2026, au moment où les étudiants de première année arrivent sur les campus. Elle n’est pas la seule à menacer le secteur éducatif : le syndicat des formateurs de l’enseignement technique, le KUTVET, a suspendu son propre mouvement pour quatorze jours et prévient qu’il cessera le travail le 19 octobre faute d’accord. Pour le gouvernement, les arriérés de 2017 que cite le président ne sont plus le seul dossier : la convention 2025-2029 court depuis bientôt un an sans avoir été signée.

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